Anna Labouze – ARTAGŌN – : « Nous souhaitons qu’ARTAGŌN permette aux artistes de faire des rencontres professionnelles décisives »

Suite de mon interview avec l’équipe du projet ARTAGÓN.

Si vous avez raté l’épisode précédent c’est ici

Art Design Tendance : Où en sommes-nous dans le processus de sélection aujourd’hui ? (soit le 24 mars 2015)

Kemis Henni : Il nous reste à visiter les deux grandes écoles parisiennes (Beaux-Arts et Arts Décoratifs).

Anna Labouze : La sélection se terminera le 3 avril avec 3 étudiants choisis par école soit 30 futurs artistes qui exposeront. Aujourd’hui, nous en sommes donc à 21 artistes sélectionnés pour 7 écoles. Après chaque visite de sélection, nous débriefons avec  les jurés sur le trajet du retour pour sélectionner 3 étudiants. Par expérience, le consensus se fait en général assez vite. Puis, chaque étudiant sélectionné propose entre 3 et 5 œuvres au jury pour l’exposition finale.

A.D.T. : Donc le jury n’aura pas vu tous les travaux proposés par un étudiant lors des sélections ?

A.L. : Souvent ce sera le cas. Mais on peut sélectionner en plus des travaux vus sur portfolio.

K.H. : Il faut qu’on ait suffisamment de matière pour cerner l’univers artistique de l’étudiant en compétition. S’il faut une salle entière avec plusieurs œuvres d’un étudiant pour comprendre sa démarche artistique, on le fera. C’est pourquoi l’exposition finale ne sera pas une foire d’art dans laquelle chaque artiste est représenté par une ou deux pièces, ce n’est pas notre logique.

J’insiste également sur le fait que nous sommes la première compétition qui envoie le jury dans les écoles ! Si vous prenez par exemple le Salon de Montrouge, très réputé pour la jeune création, la sélection se fait entièrement sur dossier par un jury d’experts. Le jury voit donc les œuvres pour la première fois lorsqu’elles arrivent sur le salon. Au contraire de notre jury qui connait personnellement les étudiants et leurs œuvres. C’est donc une sélection sur pièces et sur ce que l’étudiant a à dire. Nous ne choisissons pas des visuels, mais des personnalités !

A.D.T. : Comment va se mettre en place l’exposition ?

A.L. : Nous avons procédons à des travaux d’aménagement dans le lieu en vue de l’accrochage. Pendant la première quinzaine d’avril, les étudiants vont venir quand ils le souhaitent installer leurs œuvres avec notre aide.

A.D.T. : Quelle scénographie adoptée pour l’espace ? Il n’y a pas une thématique commune, comment allez-vous organiser l’accrochage ?

K.H. : Nous sommes contre la pratique d’un accrochage par école. Les œuvres des étudiants seront donc mélangées. Nous nous sommes en effet rendu compte que des rapports se créent entre des œuvres provenant d’écoles différentes.

Jérémy Desmester : Nous avons une grande liberté pour organiser un dialogue entre les œuvres. Nous sommes appuyés par Annabelle Gugnon, psychanalyste et critique d’art et qui a monté des expositions pour La Maison Rouge et d’autres grandes institutions. Ses connaissances en psychanalyse vont nous aider à établir des liens entre les œuvres et ainsi à organiser l’espace. C’est un travail sur l’inconscient des œuvres.

A.L : Les œuvres auront déjà un emplacement prévu grâce à une modélisation 3D de l’espace, ce qui nous permettra une organisation plus rapide et facilitera le placement des travaux des étudiants. Bien entendu, des réglages légers pourront encore se faire sur place.

K.H. : Si les étudiants auront peu de marge de manœuvre sur le placement de leurs pièces, en revanche sur l’installation de leurs travaux, nous respecterons leur désir. Ce qui est logique puisque cela fait partie intégrante de la manière dont ils ont conçu leurs œuvres.

Nous pouvons cependant dire qu’il y aura une différence manifeste entre la façon dont l’étudiant présenterait son œuvre dans le cadre de son école et celle retenue dans celui de l’exposition. Comme l’a rappelé Jérémy, certaines œuvres entrent inconsciemment en résonance, et c’est le rôle d’un commissariat d’exposition que de les mettre en valeur. Je pense que les étudiants eux-mêmes vont être surpris par les dialogues qui vont s’instaurer entre leurs œuvres.

Ils vont également peut être pouvoir apprendre des choses sur leur travail qu’ils ne percevaient pas forcément avant. ARTAGŌN est avant tout une rencontre : peut-être que des étudiants vont se rendre compte de la complémentarité de leurs œuvres et vont souhaiter exposer ensemble…

A.D.T. : Qu’attendez-vous de la soirée d’ouverture qui aura lieu le 16 avril ? (artistes et jury)

K.H. : L’idée est de sortir du concept traditionnel de vernissage et de partager un moment festif. Il y aura de la musique, de quoi passer un bon moment ! Nous sommes jeunes, notre manifestation est conçue pour l’émergence de jeunes talents, donc l’ambiance sera plutôt bières-hot dogs que petits fours-champagne ☺.

A.L. : Surtout que pour les étudiants ce sera un moment où ils pourront tous se rencontrer et échanger. Et rappelons-le, c’est aussi le but de notre projet : faire se rencontrer les talents !

A.D.T. : Vos attentes sur l’exposition elle-même ? (17 au 30 avril) 

K.H. : Les gens nous attendent au tournant.  L’objectif pour nous est la concrétisation du projet. Cela nous permettra une plus grande visibilité médiatique pour rééditer l’événement à une plus grande échelle. Nous n’avons pas d’attentes individuelles, c’est le projet et sa raison d’être qui doit grandir.

A.L. : ARTAGÓN est conçue pour la promotion des jeunes artistes. Nous souhaitons que la manifestation puisse les lancer, leur permettre de faire des rencontres professionnelles décisives.

J.D. : Comme un événement de ce type n’a jamais été fait, il est difficile de s’attendre à quoi que ce soit de précis. Ce qui est assez excitant…

K.H. : Nous ne fonctionnons pas avec une logique de business plan. Certains parlent de nous comme d’un collectif, terme employé pour désigner un collectif d’artistes. L’incertain fait partie de notre quotidien. Que donnera l’accrochage final ? On peut le deviner un peu mais, pas tant que cela ! Comme pour le public qui viendra, ce sera une surprise pour nous ! L’exposition se réalise en effet au fil des déplacements du jury dans les écoles et de ses choix. Nous n’avons aucun pouvoir s’agissant de la sélection des artistes ou des œuvres.

A.D.T. : Comment allez-vous organiser les votes pour l’attribution des 2 coupes ? (lauréat individuel et prix collectif)

J.D. : La personne qui a créé la modélisation 3D pour l’emplacement des œuvres a conçu un logiciel de vote en ligne par internet pour les membres du jury. Les votes seront bien sûr anonymes, les jurés pourront voter jusqu’au dernier moment et même modifier leurs votes.

A.L. : La remise des prix aura lieu le 29 avril, en présence des lauréats et des membres du jury. Chaque lauréat recevra 1500 € d’autres récompenses fournies par nos partenaires.

J.D. : Et nous avons décidé de leur offrir des médailles puisqu’il s’agit d’une compétition. Je les ai réalisé en collaboration avec un bronzier qui nous offre son savoir-faire. La coupe reste un concept.

A.L. : Pour cette première édition, nous avons avancé nous-mêmes l’argent pour financer les travaux de réaménagement des locaux, ainsi que le financement des différents déplacements des jurés dans les écoles. Nous espérons bien entendu obtenir l’appui de mécènes pour la prochaine édition. Nous avions également lancé une campagne d’appels de fond sur KissKissBankBank.

K.H. : Nous espérons également obtenir des subventions  publiques pour l’année prochaine. Notre souhait pour l’heure cependant : l’exposition sera en accès libre, que les gens se déplacent en masse pour découvrir le potentiel créatif de notre génération !

A.D.T. : Je vous remercie pour ce tour d’horizon complet du projet ARTAGÓN. À très bientôt donc pour découvrir l’exposition finale, je crois que nous avons tous hâte !

Le manifeste du projet : http://www.artagon.fr/#apropos

→  Jeudi 16 Avril de 19h00 à 2h00 du matin : grande soirée d’ouverture en présence des artistes et du jury

Mercredi 29 avril de 20h00 à 23h00 : soirée de clôture avec la remise des coupes ARTAGŌN et le cocktail de fin en présence des lauréats et du jury

Du 17 au 30 Avril : Ouverture de l’exposition au public tous les jours de 12h à 21h, entrée libre.   

Adresse : La Villa Deshayes, 17 rue Ledion, Paris XIV, Metro Ligne 13 PLAISANCE.

L’exposition sera agrémentée de plusieurs événements culturels, éducatifs et festifs

→ ARTAGÓN, le site web

Ely Bessis, Robots, 2014. Elève de l'Ecole nationale supérieure des Arts Dcéoratifs sélectionné pour la compétition

Ely Bessis, Robots, 2014. Elève de l’Ecole nationale supérieure des Arts Dcéoratifs, sélectionné pour la compétition. Courtesy the artist and ENSAD.

 

Intérieur de la Villa Deshayes qui accueillera l'exposition

Intérieur de la Villa Deshayes qui accueillera l’exposition

 

Olvier Cheval, the Musuem is Free, 2015. Etudiant de l'Ecome Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris sélectionné pour la compétition

Olivier Cheval, the Musuem is Free, 2015. Etudiant de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris, sélectionné pour la compétition.

 

Salle de réunion commune pour l'équipe ARTAGON, avant le chantier de l'exposition

Salle de réunion commune pour l’équipe ARTAGON, avant le chantier de l’exposition

 

Mael Traica, Echiquier antique, 2015. Etudiante de l'École Supérieure d’Art et de Design de Marseille-Méditerranée sélectionnée pour la compétition. Courtesy the artist and ESADMM.

Mael Traica, Echiquier antique, 2015. Etudiant de l’École Supérieure d’Art et de Design de Marseille-Méditerranée, sélectionnée pour la compétition. Courtesy the artist and ESADMM.

F.B.

Auteur: François BOUTARD

L'auteur de ce blog : déjà surnommé le "Jean-Pierre Coffe du rock" a décidé de vulgariser et faire connaître une autre de ses passions : l'art contemporain et le design. Community Manager et Rédacteur Web, il aime créer du contenu intelligible qui donne du sens à tous ceux qui veulent découvrir et se familiariser avec l'art contemporain et le design.

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