Charlotte Perriand, Photo os (2)

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Charlotte Perriand première femme designer

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Si vous vous intéressez aux belles pièces de mobilier design vintage, vous reconnaîtrez sans doute le style inimitable de la « Chaise Longue LC4 », encore appelée « Chaise Longue Le Corbusier » éditée par la maison italienne Cassina.↓

Chaise longue LC4 (Le Corbusier, Pierre Jeanneret, Charlotte Perriand)

Chaise longue LC4 (Le Corbusier, Pierre Jeanneret, Charlotte Perriand)

Cette chaise est un classique du design français et international du XXème siècle et demeure une des pièces les plus célébrées et les plus copiées du design contemporain. Pourtant, peu de gens savent qu’à l’origine de sa réalisation, 3 designers passionnés ont œuvré et encore moins que l’un des 3 était une femme en avance sur son temps et parfois trop moderne au goût de ses contemporains. Ce personnage, hors norme pour son époque, est CHARLOTTE PERRIAND.

Un travail collaboratif avec Le Corbusier

Charlotte Perriand est née en 1903 de parents qui travaillent dans l’univers de la mode. Son père est tailleur dans une maison de couture anglaise : Cumberland. Sa mère possède son propre atelier de couture et conçoit des giletières pour des maisons de prêt à porter. En 1921, Charlotte Perriand aime déjà dessiner et rentre à l’UCAD (Union Centrale des Arts Décoratifs.) Elle se fait remarquer pour la 1ère fois au salon des Artistes Décorateur pour lequel elle dessine le « Coin de Salon » avec pour ambition de créer un mobilier d’intérieur avant-gardiste accessible au français moyen. A cette époque, Perriand fait partie de l’Union des Artistes Modernes ou UAM. Très marqués par la boucherie humaine de 14-18, ces artistes mettent en avant un humanisme fort – qui marquera les engagements politiques futurs de Perriand – et veulent privilégier « les inventions de l’art social » en accord avec la vie contemporaine.

Le célèbre architecte Le Corbusier la remarque et lui propose, dès 1927, de le rejoindre ainsi que son cousin, le futur designer André Pierre Jeanneret. Perriand reprend certains travaux de Le Corbusier et s’ensuivra une décennie de réalisations qui vont bousculer les arts décoratifs et appliqués. Le Corbusier reste l’éminence grise et Perriand est responsable de la réalisation des meubles domestiques. En 1928, Perriand conçoit donc notre fameuse chaise. Pierre Jeanneret immortalise l’instant : ↓

Charlotte Perriand se détend sur la chaise longue à réglage continu, 1928. Cliché Pierre Jeanneret

Charlotte Perriand se détend sur la chaise longue à réglage continu, 1928. Cliché Pierre Jeanneret

Rendons à César ce qui est à César : si c’est le nom de Le Corbusier qui figure sur la fameuse chaise et qui supervise les travaux de la chaise longue, c’est bien Charlotte Perriand qui façonne de ses mains cette icône du design. Elle lui aura apporté modernité en travaillant un nouveau matériau : le corps de la chaise est réalisée en métal tubulaire et coulisse le long d’une structure de manière à proposer plusieurs inclinaisons.

Le designer et la photographie

Dès la fin des années 20, puis plus frénétiquement dans les années 30, Charlotte Perriand va puiser l’imaginaire de ses créations dans la photographie. Preuve récurrente de sa modernité, elle va se saisir de cette technologie, encore en plein développement à l’époque. Comme elle le dit elle-même par raccourci, elle s’adonne à la photographie avec : « l’œil en éventail », ce qui lui permet de saisir des plus grands aux plus petits objets travaillés, et laissés à l’abandon par l’homme. C’est ainsi qu’elle erre dans les décharges avec Pierre Jeanneret, à la recherche de matériaux, et nous laisse entre les mains un témoignage génial de son acuité photographique. ↓

Accumulation d'équerres métalliques en désordre, Charlotte Perriand et Pierre Jeanneret, 1933

Accumulation d’équerres métalliques en désordre, Charlotte Perriand et Pierre Jeanneret, 1933

Mais Charlotte Perriand aime profondément la nature, qu’elle ne se voit pas opposer au machinisme moderne. C’est pourquoi, outre les gros plans sur des pièces d’outillages, elle délaisse volontiers les décharges pour des promenades sur les plages normandes en compagnie de Jeanneret. Ils collectent des objets minéraux, ainsi que des coquillages, des os qui refluent par la marée. Avec le peintre Fernand Léger, elle partage ce goût pour la collecte de ces petits objets qu’ils vont, à leur façon, mettre en scène à travers la photographie. ↓

Charlotte Perriand, Photo os (2)

Charlotte Perriand, photo os, 1933

L’effet recherché est un dépouillement total de l’objet, pris en photo sur fond bleu, blanc ou noir, de façon à le faire ressortir par contraste. Alors vous me direz qu’avec une telle recherche dans la pureté des formes, Perriand s’inspire. Elle prend des notes, imagine, et conçoit des meubles rationnels à la beauté simple. Ne déclare-t-elle pas en 1928, à propos du mobilier : « (…) Tous les efforts qui tendent à l’enjoliver sans raison utile doivent être évités. Sa beauté doit résulter de la composition rationnelle de ses éléments. Tous mes sièges sont construits selon ce principe. »

Charlotte et la montagne

Durant toute sa vie créative, Charlotte Perriand entretiendra un lien particulier avec la montagne. D’origine bourguignonne et savoyarde (Yenne), la designer aime venir se ressourcer dans la nature des paysages alpins.

Profitant de l’essor des sports de montagne, Charlotte Perriand oriente dans les années 1930 son activité vers l’architecture de loisirs en montagne et l’urbanisme.Elle conçoit des habitats de loisir, des maisons de week-end, des refuges en altitude pour les alpinistes et les skieurs. Elle utilise des systèmes constructifs préfabriqués en bois et en métal, mais elle pense aussi les agencements intérieurs. C’est ainsi qu’elle participe aux débuts de Méribel (1939 puis 1946 – 48) où elle crée les aménagements et mobiliers des premiers hôtels. Puis, elle imagine un projet audacieux pour l’aménagement de la vallée des Belleville (Concours de 1962, avec Candilis, Josic, Prouvé, Suzuki et Wood, architectes).

Mais sa grand œuvre reste sans conteste l’aménagement de la station « Les Arcs »,  y consacrant vingt ans de sa vie, entre 1967 et 1989. C’est l’aménageur Roger Godino – Polytechnicien, ancien élève de Harvard et du Massachussetts Institute of Technology et président fondateur du Groupe des Arcs – qui la repère. Godino veut concevoir aux Arcs une « station entreprise », plutôt qu’une usine à ski pour promouvoir « une approche humaniste des vacances à la montagne ». Cette philosophie colle bien aux aspirations de Charlotte Perriand et sa façon de concevoir l’intégration du design. Elle est donc retenue pour coordonner la conception et l’aménagement de la station des Arcs aux côtés de l’ingénieur Jean Prouvé et de l’ébéniste Bernard Taillefer.

De nos jours, le mobilier dessiné par Charlotte Perriand pour l’aménagement intérieur des Arcs est très recherché, comme les chaises ci-dessous.

Charlotte Perriand occupe une place à part dans le panthéon du design français. Première femme designer du siècle précédent, elle aura marqué de sa philosophie humaniste de grands projets d’aménagements.↓

Chaise Les Arcs, design Charlotte Perriand

Chaise Les Arcs, design Charlotte Perriand

F.B.

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