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En matière d’art et de design, le match Lyon / Saint Etienne se la joue serré !

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La 10ème Biennale du design de Saint Etienne a ouvert grand ses portes depuis le jeudi 9 mars pour un mois. Thème de cette année ? « Working Promesse, les mutations du travail ». Il y a 2 ans, le thème était « Les sens du beau ». On passe d’une problématique artistique à une problématique sociétale. Rappelez-vous… A Lyon, la dernière biennale d’art contemporain était intitulée « La vie moderne » et la précédente « Une terrible beauté est née ». On dirait bien que les deux ville se sont partagées les champs d’exploration, l’une le design, l’autre l’art contemporain mais qu’elles jouent aussi très serré en matière des problématiques traitées.

Entrée de la biennale de nuit

Avantage à Saint-Etienne et aux mutations du travail…. Actualité oblige !

Puisque ce blog s’intéresse de près à la communication des événements culturels, quoi de mieux que d’interroger les communicants de cette biennale pour connaître son intention, le public attendu et comment il a été travaillé, notamment de façon innovante si toutefois la mutation était passée par là…

Petite interview croisée de Agnès Diblasio, responsable communication / partenariat et Alexandre Dupont, responsable de la communication multimédia.

Art Design Tendance : Comment le thème de cette biennale a-t-il été choisi ?

Dès la fin de la précédente biennale, toute l’équipe se retrouve pour des séances de brainstorming où chacun, à travers un mot, une idée, une phrase, évoque une préoccupation ou une envie ressentie. Cette année, très vite, on a eu l’idée de parler de la société d’aujourd’hui, des objets connectés qui font notre quotidien au travail ou dans la sphère privée. On a aussi très vite pensé aux nouvelles façons de travailler favorisées par la création de nouveaux espaces fortement designés, mais aussi les espaces virtuels, le travail connecté chez soi qui modifie aussi nos intérieurs, etc… Bref, le lien entre design et façon de vivre en travaillant était évident.

A.D.T. Quel est le public attendu (1) ?

Un public largement brassé ! Tous les âges, toutes les catégories sociaux-professionnelles mais aussi des entreprises de design régionales notamment. Les scolaires (enfants et adolescents) sont aussi interpellés par le biais de visites spécifiques, les professeurs sont sensibilisés aux différentes problématiques. Des visites guidées pour les familles ont été mises en place car le sujet est intergénérationnel. Et bien évidemment, les étudiants, qui travailleront demain, ont été fortement sollicités, ceux présents sur le site de la Cité du design bien sûr (ESADSE, IRAM) mais aussi au niveau Rhône Alpes.

Etape 2 du parcours biennale : Panorama des mutations du travail

A.D.T. Par quels moyens de communication ?

Traditionnels avec une grande campagne de communication régionale visible de tous, des actions ciblées sur des publics spécifiques et bien sûr une importante communication digitale orchestrée par notre responsable de la communication multimédia et notre chargé de développement web design. Le service communication de la biennale, depuis septembre, a été augmenté d’un assistant par corps de métier et une nouvelle directrice de la communication, Valerie Busseuil, nous a rejoint depuis le mois de mai dernier.

A.D.T. Des nouveautés par rapport à la précédente biennale ?

Tout d’abord, notre partenaire Orange propose, cette année, un plateau de TV live diffusant des émissions thématiques avec interviews des acteurs qui font la biennale (designers, politiques, étudiants, partenaires). Ces émissions sont réalisées en public au Grand Magasin, un espace de vente de livres et d’objets dérivés très fréquenté. Par ailleurs, la « Rue de la République du design » est une nouvelle opération de la biennale dans la ville, illustrative du fait que le design fait partie d’un quotidien accessible à chacun puisque ce sont des designers qui ont investi des pas de portes inusités pour proposer aux promeneurs des articles de qualité à des prix très divers. La rue s’en trouve revitalisée et dans ce cas, c’est la biennale qui va à la rencontre du public.

A.D.T. Des constantes ?

Depuis la biennale 2013, « Les Labos » ont été mis en place en lien avec des entreprises ou des initiatives privées. Ce sont des espaces d’expérimentations où des animateurs proposent aux visiteurs l’essai de prototypes (objets ou services) afin de les améliorer. C’est un bel exemple de création collaborative en lien avec les futurs usagers. Enfin, ce sera la 3ème édition de la semaine pro débutant le 20 mars qui met au centre de la réflexion espaces et mutations du travail effectives ou à venir avec 2 après-midis à la Préfabrique de l’Innovation, ouverts au grand public, le samedi 25 et dimanche 26 mars. Deux rendez-vous à ne pas manquer quand on s’intéresse à ce que l’on peut réaliser soi-même pour faire évoluer notre société sur le mode collaboratif.

A.D.T. Des fidélités ou infidélités dans les entreprises partenaires ?

Une quarantaine d’entreprises partenaires nous suivent et apportent un soutien financier ou en nature à la biennale 2017. On a dépassé les objectifs de 2015 et obtenu 60% de reconduite et 40 % de nouveaux partenariats. Les 4 partenaires privés historiques nous suivant depuis les débuts sont les entreprises Koehl, Teissier, Sigvaris, Weiss. Le thème de cette biennale a suscité un grand intérêt bien sûr. Dans le cadre de la semaine de l’industrie, du 20 au 26 mars, beaucoup d’entreprises seront présentes sur le site de la biennale en plus des « Labos » gérés par le pôle entreprises et innovation, un pôle spécifique à la Cité du design, chargé toute l’année du relationnel aux entreprises de design.

Le « Labo » de l’entreprise Sigvaris

A.D.T. Avez-vous créé une application smartphone (2) pour accompagner la visite de la biennale ?

Cette année non, mais depuis 2010, nous en avions créé une spécifique par biennale. Depuis que nos sites (Cité du design, Ecole esadse, Biennale) sont en mode web responsive, cela a moins de sens. Les téléchargements n’étaient plus assez nombreux au regard du coût et du temps passés à faire une application et à l’alimenter en contenus. On actualise le site au gré de nouvelles infos et des événements ayant lieu (les plateaux de TV Orange sont mis en ligne par exemple), c’est de l’actualisation et de l’enrichissement accessible pour tous sur tout support. Les musées pour des collections permanentes peuvent se permettre de faire des appli, mais pas nous car nous sommes sur des expositions éphémères, la biennale ne dure qu’un mois.

A.D.T. Combien pour le budget de la communication digitale ?

Seulement entre 5.000 et 6.000 € par an, ce sont surtout les frais de gestion du serveur qui pèsent. On ne fait pas de campagne adwords. Notre stratégie digitale repose avant tout sur du référencement naturel, l’animation de nos réseaux sociaux (FB, twitter, instagram, pinterest) et de notre chaîne Youtube. On fait de la reprise de contenus des outils print mais avec des contraintes en terme de nombre de signes bien sûr inhérentes aux outils du web. Par ailleurs, on a 4 voies d’enrichissement des contenus : l’actualisation réactive au jour le jour, l’enrichissement éditorial (en faisant du storytelling), la mise en ligne d’un maximum de vidéos et la multiplication des liens entre sites internes et externes.

A.D.T. De quelle nature est l’interaction avec le public par la voie du digital ?

On fait avant tout de l’info grand public et toujours sur le ton de la vulgarisation. On n’utilise pas un vocabulaire de spécialiste car le design doit encore être démocratisé. Le design à Saint Etienne se veut avant tout collaboratif, participatif, citoyen. C’est un design de réflexion avec du savoir-faire. Il s’agit de générer une esthétique en lien avec l’usager et son quotidien. Les bancs d’essai, des bancs publics designés et répartis dans toute la ville de façon pérenne, sont une belle illustration de cette éthique.

Banc d’essai place de l’hôtel de ville de Saint Etienne

A.D.T. Echangez-vous avec des blogueurs influents, des experts pour créer du débat sur le net ?

Non, sur un mois on n’a pas le temps et ce n’est pas dans les usages pour l’instant. De la même façon, on répond aux questions du public mais on n’entre pas dans les polémiques générées par les réseaux sociaux. Il n’y a pas de blog ou de chat. Reste que l’animation de la communauté monte à 90 % du temps de travail sur le net pendant la biennale alors qu’usuellement, cela prend 50 % du temps, le reste étant dévolu à la gestion des sites. Cette année, il y a beaucoup d’interactions avec les américains de Détroit, la ville associée à la Biennale. Le gros des internautes sont des habitants de Rhône Alpes, puis de Paris. Au niveau international, c’est une communauté avant tout de professionnels du design.

A.D.T. Des problématiques spécifiques à l’articulation entre com print et com digitale ?

Visuel print de la biennale IN

Visuel print de la biennale OFF

Une anecdote plutôt, le visuel print de la biennale a été difficilement exploitable tel quel sur le net car les petits quadrillages nuisaient à la lecture sur écrans, on a dû les supprimer mais bien sûr, on a gardé l’essentiel. On a travaillé avec un studio graphique et le travail d’adaptation des éléments du print au web prend beaucoup de temps même si une réflexion en amont est menée afin de faciliter le plus possible ce transfert sans nuire à la force de la création graphique qui reste une donnée essentielle pour la communication.

 

A.D.T. Pour terminer : des envies, des projets liés au digital pour faire valoir le design demain ?

Oui bien sûr, un livre d’or numérique pour le public afin de conserver la mémoire des impressions et continuer à échanger avec ceux laissant une adresse mail. Mais aussi des bornes interactives bluetooth, devant certains spots de la biennale pour enrichir la visite. Et enfin prendre le temps de raconter l’histoire et la vie de la Cité du design, rendre visible la partie cachée de l’iceberg afin de faire le lien entre la cité d’aujourd’hui et celle de demain…

NDLR :

(1) 208.000 visiteurs ont été accueillis sur tous les sites de la biennale 2015. L’augmentation de la période d’ouverture de la Biennale de 18 jours en 2013 à 33 jours en 2015 a notamment permis cette forte augmentation de la fréquentation mais également une meilleure répartition des visiteurs sur la durée et un meilleur confort de visites pour tous. Par ailleurs, il y a eu 53.000 visites du Off de la Biennale.

(2) Néanmoins une toute nouvelle application Daytripper  développée par un collectif de stéphanois sur le site de la Cité (au Mixeur) s’affiche comme le « compagnon de route de la biennaledesign17 ». Soutenue par la ville de Saint-Etienne, cette application permet de capturer son expérience de visite (photos et commentaires), d’écrire le carnet de bord de «  ses petits moments de vie  », d’exporter « ses stories » et de les partager bien sûr.

En conclusion de cette rencontre, l’on peut assurément dire que Saint Etienne marque un but…. en attendant que soit dévoilé le prochain programme de la Biennale d’Art Contemporain de Lyon. On en connaît déjà le titre, « Mondes Flottants », voulu par la commissaire Emma Lavigne, directrice du Centre Pompidou-Metz qui construira le parcours de cette 14ème biennale à partir du mot « moderne », donné par Thierry Raspail.

Interview réalisée par Catherine Quiblier, Professionnelle de la communication. Catherine possède un double diplôme en Master 2 Info-Com : off line en 96 et on line en 2016. Expériences en entreprises et en start’up. Intéressée par la culture au sens large mais pas que… En mode digital !

Nos remerciements à Agnès Diblasio et Alexandre Dupont pour leur disponibilité !

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