Georges Rousse, Auberhausen, 1996

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Georges Rousse à la maison

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L’artothèque c’est formidable ! Régulièrement avec mon abonnement à la bibliothèque municipale, j’emprunte des œuvres, souvent des sérigraphies, que je contemple à loisir dans mon salon. Et voilà que mercredi dernier, en trifouillant dans le stock du rayon artothèque, je choisis d’avoir pour compagnie une œuvre de l’artiste contemporain Georges Rousse intitulée : Oberhausen – 1996.↓

Georges Rousse, Auberhausen, 1996

Georges Rousse, Auberhausen, 1996

Ce qui m’a attiré dans cette photographie – à première vue, ce n’est pas évident d’identifier le médium – c’est la projection d’un endroit déshumanisé, abandonné, qui subit des modifications géométriques. Certains artistes contemporains travaillent sur la question des lieux dits périphériques, de paysages en transition, soit parce qu’ils sont totalement délaissés, soit parce qu’ils vont subir une métamorphose « reconstructive ». En particulier, le paysage urbain fourmille de zones en transition, à mi-chemin entre le centre-urbain et la zone industrielle. Vous pouvez faire l’expérience de porter un nouveau regard sur ces lieux qui racontent une histoire. En la matière, j’adore le travail du photographe Jean-Marc Bustamante que je vous invite à découvrir.↓

Jean-Marc Bustamante, L.P.IV, 2000

Jean-Marc Bustamante, L.P.IV, 2000

Contrairement à Jean-Marc Bustamante, la démarche de Georges Rousse peut surprendre : il photographie, certes, mais il modifie le lieu pour le surprendre et le révéler à une nouvelle vie. A ses débuts, Rousse réalisait des prises de vues d’architecture, très influencé notamment par Eugène Atget et les artistes du Land-Art. Puis, progressivement, il décide de construire sa propre voie en mettant en scène des espaces abandonnés pour y créer des espaces utopiques. Comment s’y prend t-il ? L’artiste travaille souvent « in-situ », à savoir sur le lieu même de son intervention. Il choisit un espace inspirant et utilise la peinture, le dessin ou l’architecture pour transformer cet espace. Quand il juge son intervention terminée, il prend alors une série de clichés. Le protocole, pour chacune de ses interventions, reste le même. Un seul médium utilisé : la photographie. Un même type de lieu : des bâtiments désertés. Les mêmes outils d’intervention : le dessin, la peinture, l’architecture. Et enfin la photographie finale du nouveau lieu ainsi transformé. Pour nous spectateur, le résultat final n’est pas forcément facile à appréhender car dans sa photographie Rousse convoque 3 espaces à la fois : l’espace réel sur lequel il agit, l’espace utopique qu’il crée et, enfin, la combinaison de ces 2 dimensions. Il s’ensuit une perte des repères visuels, puis notre esprit s’acclimate, identifiant le réel de l’intervention pour reconstituer le puzzle.

La démarche de cet artiste est assez unique car elle nécessite un travail de terrain colossal. Lors de ses premières interventions, Rousse aime à rappeler que : « Arrivé le matin, souvent un samedi, je devais terminer dès le dimanche soir mon intervention in situ, pour laisser la place aux démolisseurs. » – Georges Rousse, Tour d’un monde (1981-1988), entretien avec Jocelyne Lupien – On imagine la course contre la montre ! Dorénavant, l’artiste se voit proposer des lieux d’investigation et devient un véritable maître d’œuvre sur son chantier. C’est ainsi le cas en 2003 lorsque l’entrepreneur présente son travail à Châteauroux dans les locaux de l’ancien couvent des Cordeliers, une bâtisse franciscaine du XIII ème siècle.↓

Couvent des Cordeliers à Chateauroux, vue de l'extérieur

Couvent des Cordeliers à Chateauroux, vue de l’extérieur

Dans le réfectoire du couvent, il réalise une installation en forme de passage qui fait comme un lien entre la nef et la salle capitulaire située en contrebas. Ce passage n’a pas d’existence physique mais s’expérimente visuellement. Rousse a établi quatre grands panneaux peints en blanc qui sont rigoureusement alignés, chacun avec une ouverture. Ces panneaux sont alignés de telle sorte qu’ils donnent la perspective d’un faux couloir. Pour brouiller les pistes et accentuer la difficulté de perception visuelle de l’œuvre, l’artiste a peint un jeu de lignes noires en trompe-l’œil à l’intérieur de chaque panneau.↓

Georges Rousse, Châteauroux - 2003

Georges Rousse, Châteauroux – 2003

Des installations de Georges Rousse, je retiens également une certaine poésie qui émane des lieux photographiés. Comme il le dit lui même :  « Je travaille sur la mémoire des lieux. J’occupe l’espace vide avec des formes sans fonction, sauf à provoquer le rêve (cf. supra). Dans certains cas, Rousse engage ainsi un travail de mémoire plus engagé. C’est le cas lorsque qu’il dessine le plan de la ville d’Hiroshima en 1940 dans une maison appartenant à la famille impériale ! Si le processus de construction des œuvres de Georges Rousse vous intéresse, il y a de nombreuses vidéos assez bien faites sur Internet. En attendant, voici quelques clichés de ses nombreuses œuvres, en France ou à l’étranger, pour le plaisir des yeux et de l’esprit ! ↓

Georges Rousse, Milan 1986 - 1987

Georges Rousse, Milan 1986 – 1987

 

Georges Rousse, Vitry 2007

Georges Rousse, Vitry 2007

 

Georges Rousse, Harlem 2007

Georges Rousse, Harlem 2007

 

Georges Rousse, Hiroshima - Tokyo 2001

Georges Rousse, Hiroshima – Tokyo 2001

 

Georges Rousse, Amilly 2007

Georges Rousse, Amilly 2007

Georges Rousse, Montréal 1985

Georges Rousse, Montréal 1985

Georges Rousse, Sabourin 2009

Georges Rousse, Sabourin 2009

 

F.B.

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