Illustration exposition "Lucifer" au purgatoire sur l'art indien

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Hervé Perdriolle : « Enfant des Magiciens de la Terre et du Cabinet de curiosités de Breton, je ne peux imaginer que l’on aime l’art et la culture sans en apprécier sa diversité »

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Une interview exceptionnelle avec Hervé Perdriolle, critique d’art, commissaire d’exposition et marchand d’art. J’ai voulu rencontrer ce grand connaisseur de l’art contemporain pour comprendre ce qui l’avait poussé à déchiffrer des terres artistiques peu connues encore du grand public

Si vous avez raté le début de l’interview c’est ici !

Art Design Tendance : Mais aviez-vous quand même un fil conducteur en décidant de partir pour l’Inde ?

Hervé Perdriolle : Non, l’Inde c’était une découverte totale. Mais je dois dire que la formidable exposition « Les Magiciens de la Terre », organisée en 1989 au Centre Pompidou et à la Grande Halle de la Villette, avait montré l’art issu de cultures locales avec le même sérieux que pour une autre grande exposition. Le Commissaire d’exposition était Jean-Hubert Martin, appuyé par le travail remarquable de son commissaire adjoint André Magnin. Ce dernier est devenu un ami. Il a monté entre 1989 et jusqu’à très peu la plus grosse collection d’art contemporain africain issue de cultures locales. Ce travail fait par André Magnin m’a inspiré pour partir et effectuer un  travail de déchiffrage. Et l’inde était le pays qui m’attirait le plus !

A.D.T. : Comment avez-vous commencé ce travail de « déchiffrage » ?

H.P. : Nous nous sommes installés à Pondichéry de 1996 à 1999. Sur place, j’ai passé les 4 premiers mois à l’Ecole Française d’Extrême-Orient qui a une bibliothèque fabuleuse,  à compulser de nombreux ouvrages. J’ai focalisé mon attention sur l’art contemporain indien issu de culture locale, principalement d’origine tribale, ce que les indiens appellent l’art contemporain vernaculaire. Je me rappelle avoir photocopié de petites cartes et je suis parti sur le terrain à la rencontre de tribus éloignées…

J’ai ainsi commencé à collecter des pièces et à organiser les premières expositions à l’Alliance française de Pondichéry et de Bangalore. Je me suis ainsi passionné pour une autre culture, prolongeant ce que j’avais expérimenté avec la Figuration Libre. Surtout, je voulais éviter de rester « scotché » à ce mouvement sans continuer à m’enrichir, quitte d’ailleurs à y revenir beaucoup plus tard.

A.D.T. : N’avez-vous jamais eu l’envie de creuser l’art contemporain dit conceptuel ou minimaliste dans un autre pays ?

H.P. : Non. Mon objectif en Inde n’était pas de retrouver des artistes qui utilisent le même langage que nous. La première ouverture en Europe à l’art non occidental s’est faite précisément par des artistes indiens ou chinois qui avaient déjà intégré Duchamp. Or, à travers la Figuration Libre, j’ai toujours voulu ouvrir notre regard. En Inde, j’ai découvert que l’idée même des Magiciens de la terre existait déjà depuis les années 70, avec la remise des National Awards aux plus grands figures de l’art moderne incluant celles de l’art tribal. Artistes modernes et tribaux étaient mis sur le même pied d’égalité. En 1982, le musée d’art contemporain « Bharat Bhavan » ouvert à Bophal,  a énormément contribué à la reconnaissance de l’art vernaculaire indien. Il présente à la fois des collections modernes et issues de l’art vernaculaire indien.

A.D.T. : Il a donc fallu attendre un  certain temps, en Inde, pour sortir et montrer l’art vernaculaire ?

H.P. : Oui, tout à fait. C’est un peu la même histoire que l’art aborigène australien. Jusque dans les années 70, c’était un art éphémère  et rituel. Puis, les intellectuels et responsables politiques ont voulu éviter que ces arts ne disparaissent. D’autres illuminés comme moi ont aussi pris la route pour dénicher ces trésors ! Enfin, l’utilisation progressive de supports durables comme la toile et le papier a permis de conserver et exposer  progressivement ces formes d’art à Bombay et Delhi.

À partir des années 2000 et l’essor de l’économie indienne (« INDIA SHINING »), ces polémiques se sont tassées avec le choix qu’a fait l’Inde de se tourner prioritairement vers les artistes contemporains indiens ayant assimilé la culture occidentale…

A.D.T. : Je prends l’exemple de Subodh Gupta, star de l’art contemporain indien et artiste indien le plus médiatisé internationalement. Existe-t-il des liens, dans son travail, qui le relient encore aux traditions culturelles de son pays ?

H.P. : C’est un artiste très intéressant mais qui développe des formes d’art hérités des avant-gardes historiques. Par exemple, l’assemblage de ses ustensiles de cuisine découle directement du Ready-made. Ce n’est pas ce que j’allais chercher en Inde. Je ne m’érige pas contre ces formes d’art,  de même que pendant l’époque de la Figuration Libre, j’ai toujours adoré Joseph Beuys ou Roman Opalka, pourtant situés à l’extrême du mouvement !

Enfant des Magiciens de la Terre, du Cabinet de curiosités de Breton, du musée imaginaire de Malraux,  je ne peux imaginer que l’on aime l’art et la culture sans en apprécier sa diversité.  C’est ainsi que pour apprécier Sudobh Gupta, on a besoin de se confronter à Janghar Singh Shyam (figure emblématique de l’art vernaculaire indien). Et il en va de même pour les artistes contemporains occidentaux.

A.D.T. : OK, alors mettons les pieds dans le plat. L’art contemporain se vend sur un marché très encadré, avec ses propres normes. Nous, pays occidentalisés, ne passons-nous pas à côté d’autres richesses culturelles ?

H.P. : Oui. Heureusement, il y a des lieux institutionnels pour montrer des formes d’art hors « mainstream ». Durant la dernière Biennale de Venise, le Directeur du New Museum contemporain a exposé de l’art brut à côté de l’art contemporain. Les choses bougent. Je m’inscris dans marché où les collectionneurs recherchent une plus-value intellectuelle et acceptent d’être déstabilisés par des artistes. Ce sont deux approches différentes avec  un marché spéculatif qui a besoin d’être rassuré et un autre au contraire, qui demande à être déstabilisé !

A suivre…

Illustration exposition "Lucifer" au purgatoire sur l'art indien

Illustration exposition Lucifer au Purgatoire sur l’art indien

Gros dessins et statue de Shine Shivan, petits dessins de T. Venkanna

Dans la Galerie en appartement d’Hervé Perdriolle : gros dessins et statue de Shine Shivan, petits dessins de T. Venkanna

L’actualité des artistes de la collection d’Hervé Perdriolle :

→ MIAM « VEHICULES » SHANTARAM TUMBADA

SETE 27 MARS – 20 SEPT 2015

→ EXPOSITION «LUCIFER » au PURGATOIRE

PARIS 4 MAI – 20 MAI 2015

HERVE PERDRIOLLE GALERIE EN APPARTEMENT

51 RUE GAY LUSSAC 75005 PARIS

01 46 33 99 09 – 06 87 35 39 17

Le site de la galerie Hervé Perdriolle : herve-perdriolle-paris.blogspot.com/

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