Silvère Jarrosson, Coma (8), acrylique sur toile, 50x50 cm, 2013

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La peinture de Silvère Jarrosson

Art contemporain, Blog| Vues: 297

Dans ce billet vous trouverez des pistes de réflexions pour comprendre comment un artiste, ici Silvère Jarrosson, jeune peintre talentueux dont je vous avais parlé il y a quelques semaines, compose sa peinture. L’artiste m’a surpris par sa maîtrise picturale, rare à cet âge (23 ans), et j’avais envie de comprendre le cheminement intellectuel et artistique qu’il emprunte. Serpente-t-il au gré de l’inspiration du peintre, à l’instinct ?

« Serpenter » est bien le verbe qui me vient à l’esprit, à l’évocation des toiles de Silvère Jarrosson. Quel projet motive le mouvement dans la réalisation de sa peinture ?  Et puis il y a une question que je n’avais pas encore posée à un artiste, pas même dans la série « Inside Brain Artist » ; que ressent-il au moment de l’acte de peindre ? Quel sens donne- t-il, ou pas, à sa pratique ? À ces questions, Silvère Jarrosson répond posément et ses réponses sont tout sauf hasardeuses. ↓

Silvère Jarrosson, Coma (8), acrylique sur toile, 50x50 cm, 2013

Silvère Jarrosson, Coma (8), acrylique sur toile, 50×50 cm, 2013

Une construction mentale du projet

Lorsque j’évoque la question du hasard à l’œuvre dans son processus pour peindre, Silvère Jarrosson avoue que le résultat final d’une toile est la représentation mentale d’un paysage qu’il a préalablement imaginé et délimité dans son esprit ! Les coulures qui s’expriment dans les toiles de l’artiste sont donc parfaitement voulues, elles sont le résultat d’un travail méticuleux. Avant de peindre, Silvère Jarrosson a la représentation mentale de sa toile en tête.

Si dans ses premiers tableaux, il laissait une certaine place à « l’accident » artistique, on imagine la rencontre entre deux ruisseaux colorés qui provoquent un résultat heureux, l’artiste avoue qu’il cherche à réduire progressivement le hasard à l’œuvre. L’artiste pratique le dripping et le pouring sur une toile posée à plat. Les mouvements imprimés par son bras sont précis. L’artiste m’explique être à la recherche de « gestes maîtrisés », pratiqués dans un état de concentration.↓

Olivier Debré, Haute montagne claire, huile sur toile, 1933

Olivier Debré, Haute montagne claire, huile sur toile, 1933. Un artiste apprécié par Silvère Jarrosson, une découverte pour moi !

Peindre c’est danser

Lorsqu’il propulse la peinture et la fait bouger sur la toile, Silvère Jarrosson exécute en quelque sorte une danse autour du tableau. Ancien danseur professionnel, diplômé de l’école de danse de l’Opéra National de Paris, l’artiste « rétablit » les sensations qu’il éprouvait en dansant dans sa pratique de l’Action Painting. D’ailleurs, Silvère m’explique qu’il travaille toujours en musique. Comme pour la danse, les mouvements sont étudiés, prémédités, précis. Bien évidemment, dès qu’on parle de l’Action Painting, littéralement peinture en action, on évoque la figure tutélaire de Jackson Pollock. L’Action Painting est un terme pour la première fois employé par l’écrivain, philosophe, et critique d’art américain Harold Rosenberg en 1952 pour désigner l’émergence au début des années 1950 d’une nouvelle génération de peintres, également englobée sous le terme d’Expressionnisme Abstrait. L’action Painting caractérise l’importance du travail gestuel dans l’exécution d’une toile. On peut y voir aussi l’expression d’une pulsion : lorsque l’artiste projette la peinture, joue avec le chassis du tableau créant des méandres colorés, superpose les couches de peinture pour y créer des amas charnels. Si j’évoque Pollock et la technique de l’Action Painting, Silvère Jarrosson évoque une coïncidence. Sa technique picturale est simplement le prolongement du mouvement dansé… Je comprends mieux alors pourquoi sa peinture évoque à ce point le mouvement et la circulation d’une énergie vitale.

Silvère Jarrosson, Antimoine, acrylique sur toile, 20x20 cm, 2013

Silvère Jarrosson, Antimoine, acrylique sur toile, 50×50 cm, 2013

Peinture cellulaire ?

Silvère Jarrosson attache une grande importance à la préparation de ses toiles. L’utilisation des couleurs et en particulier leur ordre d’application est déterminant. Pour obtenir ces paysages si particuliers, l’épaisseur du trait de couleur revêt une importance capitale. C’est pourquoi le peintre sait exactement à l’avance la quantité de peinture qu’il fera jouer sur la toile.

Si tout est prémédité d’avance – enfin presque ! – c’est que la peinture acrylique sèche très rapidement. Par conséquent, l’artiste a peu de temps pour faire fusionner les amas de peinture, il est dans le mouvement de l’instant…

Alors Silvère Jarrosson, alchimiste ? Certainement. Il y aussi quelque chose de l’ordre du vivant dans ses toiles. Certains tableaux évoquent, très curieusement, des cellules biologiques. Lorsque j’évoque cette impression, le jeune peintre parle du cursus universitaire en biologie qu’il a démarré à la même époque que la peinture. Il remarque, amusé, que sa peinture est constituée à 70% d’eau comme c’est le cas pour une cellule ! Et non, les tableaux qu’il conçoit n’ont pas vocation à représenter des cellules vivantes. Au final, j’arrive à me demander si cette étrange ressemblance n’indiquerait pas que les taches de peintures obéissent aux mêmes lois physiques que les cellules vivantes du corps ? La peinture de Silvère Jarrosson est alors terriblement « vivante », mais en douterait-on ? ↓

Silvère Jarrosson, Série Détail

Silvère Jarrosson, Série Détail

 

Silvère Jarrosson, série Détail

Silvère Jarrosson, Série Détail

→ Le site de Silvère Jarrosson : www.silvere-jarrosson.com

Silvère Jarrosson est représenté par les galeries suivantes :

Life Gallery (New-York)

Galerie Hors-Champs (Paris)

Blanc Art Gallery (Macao)

Exposition en cours :

♦ Silvère Jarrosson  –  » In Utero  » – 19 mars – 29 avril 2016 à la Galerie Hors-Champs (Paris)

F.B.

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