Façade de l'entrée du 116, L’architecte Bernard Desmoulins a conçu la partie contemporaine du bâtiment en prolongement de l'ancienne Maison des artistes

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Marlène Rigler, Directrice du Centre d’art contemporain le 116 à Montreuil reçoit Artdesigntendance

Art contemporain, Blog, Interviews| Vues: 61

Vendredi 3 janvier, le foie gras et les huîtres digérés, je me dirige vers le 116, nouveau Centre d’art contemporain de la ville de Montreuil, inauguré en octobre dernier. C’est Marlène Rigler, Directrice du 116 qui vient à ma rencontre pour m’entrouvrir, une heure durant, les portes de cet espace nouvellement installé. Au cours d’une discussion passionnante, la jeune femme m’explique le projet du Centre, à un emplacement plutôt atypique pour l’art contemporain. Le 116 se veut avant tout un espace ouvert sur la ville et ses habitants. Dès l’entrée, le visiteur est accueilli par une installation en cours du collectif suisse Microsillons, qui revisite la culture héraldique – en écho au côté bourgeois de la bâtisse – en s’appuyant sur le dynamisme de la vie associative de Montreuil. Une mise en bouche comme un pied de nez aux stéréotypes culturels et qui colle bien à l’esprit de sa Directrice qui affirme que «l’art c’est déplacer le regard»…

Bonjour Marlène Rigler et merci d’accueillir Artdesigntendance dans ce nouvel endroit culturel. Pourquoi avoir créé un Centre d’art contemporain à Montreuil ?                             Vous n’êtes pas sans savoir que la ville de Montreuil compte près de 1000 artistes répertoriés dans tous les domaines : peinture, sculpture, installations sonores, photographies, etc. Il semblait donc logique d’ouvrir un lieu dédié à l’expression de cette vie artistique intense. Du fait de la gentrification progressive de Paris intra-muros, depuis les années 80 les artistes se sont installés dans la première couronne autour de Paris. D’ailleurs, Montreuil n’est pas un cas isolé. Une ville comme Saint-Denis compte une population artistique importante. Une artiste comme Sylvie Blocher par exemple dont nous exposons le travail vit et enseigne dans cette ville.  De plus, et c’est un avis personnel, je constate que la création artistique contemporaine est très vivante en banlieue. Elle se fait dans la périphérie avant d’être montrée dans le centre «parisien».  Je connais des commissaires d’exposition qui portent un regard attentif sur ce qui se passe dans cette zone banlieusarde de Paris. Cela montre une autre image  de la banlieue, dans un département dit sensible socialement. Le projet du Centre d’art contemporain est précisément de regarder la banlieue autrement, par-delà les clichés et les stéréotypes. La démarche de l’implantation de ce lieu est aussi sociale, le centre finançant les  productions d’artistes locaux. L’accès au Centre est gratuit et nous nous appuyons sur un secteur associatif plein de vitalité.

Pour autant, avez-vous pour ambition de montrer exclusivement le travail d’artistes locaux ?                                                                                                                             Non, il s’agit d’un mixte entre production locale et artistes internationaux que je fais venir via mon réseau professionnel établi au cours de mes expériences précédentes. Sylvie Blocher – dont une oeuvre vidéo trône au milieu d’une grande pièce : Changez le scénario. Hommage à Bruce Nauman – a une réputation internationale et expose plus souvent à l’étranger qu’en France…Bien entendu, je suis fière que nous aidions les artistes montreuillois à exposer leurs œuvres !

Quelles autres missions a le Centre ?                                                                                     J’insiste sur le fait que nous ne sommes pas un musée d’art contemporain, donc nous n’avons pas pour vocation de constituer une collection. Nous accueillons ainsi en ce moment deux artistes en résidence.  Jagna Ciuchta, artiste d’origine polonaise qui vit et travaille à Montreuil. Elle propose  Eat the Blue , un dispositif d’exposition modulable aménagé par l’artiste à l’usage d’autres artistes, comme une proposition de partage d’autorité artistique. Et le collectif suisse Microsillons, qui propose une oeuvre en relation évolutive avec les publics de Montreuil. Nous ne sommes pas un «white cube». Bien au contraire, nous sommes un lieu municipal vivant et ouvert. C’est pourquoi par exemple travaille ici une structure, le Quartier Général. Il s’agit d’un groupe de recherche indépendant et interdisciplinaire, qui réunit des professionnels de milieux différents : artistes, ethnologues, danseurs, géographes, dont les membres sont issus du programme d’Expérimentation en Art et Politique –SPEAP- de Sciences Po Paris. Ce collectif implique les habitants de Montreuil et les professionnels à concevoir des liens durables entre le 116 et son territoire. Rappelons que nous sommes une structure publique, ce qui exige un lien avec la population locale. Nous ne vivons pas en vase-clos, loin de là !

L’art contemporain a la réputation d’être élitiste : comment voyez-vous la médiation dans un contexte local qui paraît très éloigné de la question artistique ?                         J’ai un point de vue très pragmatique sur la question, de par ma formation philosophique et non comme une spécialiste de l’art. C’est pourquoi si le Centre donne les informations sur une oeuvre exposée, pour autant je ne veux pas que nous tombions dans un cours magistral sur l’histoire de l’art. L’art est accessible à tous, chaque visiteur s’approprie les œuvres comme bon lui semble ! Par exemple, je travaille avec deux personnes dans mon équipe et c’est moi qui réalise le travail de médiation. Je ne me suis pas entouré d’un personnel formé à l’histoire de l’art. Je vois la médiation comme un geste artistique, un partage !  En cela, je conçois l’art comme ayant une vraie place dans la société. Aujourd’hui, les formes de médiation que je trouve les plus intéressantes sont anglo-saxonnes, en particulier en Angleterre, et germanophones.

Depuis l’ouverture, quel type de publics accueillez-vous ?                                                  J’ai remarqué que nous avions beaucoup de familles locales qui viennent découvrir le Centre, c’est une belle réussite. Certains connaissent les artistes, implantés depuis de longue date dans leur ville. Je souhaite que nous continuions à développer et rendre pérenne le travail entamé avec cette première exposition, Singularités partagées. J’ai été nommée  pour un mandat d’une année, ce qui est très insuffisant pour poursuivre durablement mon action. Je veux que nous puissions continuer à être un lieu physique de partage avec et entre les artistes et aussi ouvert aux habitants de Montreuil.

Des souhaits d’évolution pour l’activité du Centre ?                                                             Je souhaite développer des partenariats internationaux, à savoir des programmes d’échanges de résidences d’artistes avec d’autres institutions culturelles qui partagent ma vision. Je pense notamment à la Suède et à l’Angleterre qui possèdent des structures et une approche identique à la nôtre. Inséré dans un réseau, on se sent moins isolé. C’est important de sentir une communauté d’intérêt autour d’un projet.

Marlène Rigler, merci beaucoup pour cet échange !      

Façade de l'entrée du 116, L’architecte Bernard Desmoulins a conçu la partie contemporaine du bâtiment en prolongement de l'ancienne Maison des artistes

Façade de l’entrée du 116, L’architecte Bernard Desmoulins a conçu la partie contemporaine du bâtiment en prolongement de l’ancienne Maison des artistes. Photo Paolo Coadeluppi.

 

 

Collectif Microsillons, projet en cours au 116, Commune de Montreuil

Collectif Microsillons, projet en cours au 116, Commune de Montreuil. Photo Paolo Coadeluppi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Intérieure d'une des salles de l'ancienne Maison des artistes, le 116.

Intérieure d’une des salles de l’ancienne Maison des artistes, le 116. A gauche et à droite 2 vidéos de l’artiste Katarina Zdjelar. Photo Paolo Coadeluppi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vue de l'exposition "Singularités partagées". Au premier plan à droite, "tapis d'épices" : Laurent Mareschal, installation, épices, linoleum, 2011.

Vue de l’exposition « Singularités partagées ». Au premier plan à droite, « tapis d’épices » : Laurent Mareschal, installation, épices, linoleum, 2011. Photo Paolo Coadeluppi

Vue de l'exposition, au mur photographies de Simon Boudvin

Vue de l’exposition, au mur photographies de Simon Boudvin. Photo Paolo Coadeluppi.

Je remercie chaleureusement Michèle Fériaud et Hélène Barrier de l’agence batida and Co sans qui cette rencontre n’aurait pas été possible.

A noter : Ivàn Argote, lauréat des Audi Talents Awards dont j’avais parlé sur @blog_Art_Design a présenté une performance avec Pauline Bastard : Born to Curate, à l’invitation du 116.

F.B.

 

 

 

 

 

 

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