Mika Rottenberg, Tropical Breeze, 2004

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Mika Rottenberg et son usine mobile transpirante

Art contemporain| Vues: 160

C’est peu dire que l’artiste d’origine israélienne Mika Rottenberg sue à grosses gouttes pour nous proposer ses sculptures-installations-vidéos. Dans la chaleur Montpelliéraine étouffante de la fin du mois d’août dernier, j’aurais rêvé meilleur subterfuge pour me rafraîchir que l’installation « Tropical Breeze » ! Cette œuvre était proposée par le FRAC LANGUEDOC ROUSSILLON, dans le cadre de l’exposition « Mary’s Cheries »  consacrée à l’artiste.

Non content d’avoir découvert une artiste à l’univers décalé – enfin quelque chose de créatif ! –, je me suis demandé ce que pouvait signifier la conception d’un produit de consommation packagé, fruit de l’effort corporel ? De nombreuses lectures en sont possibles : la critique, par exemple, d’un monde du travail déshumanisé et hyper-productiviste.

Mika Rottenberg, Tropical Breeze, 2004

Mika Rottenberg, Tropical Breeze, 2004

Dans Tropical Breeze, ainsi que dans d’autres œuvres de Rottenberg, l’installation repose sur la succession d’un travail mécanique réalisé à la chaîne. La boucle vidéo amplifie le conditionnement et la répétition du geste. L’artiste nous pousse aussi à envisager la production comme « fruit » du corps ouvrier féminin. Ainsi, la matière première qui sert à concevoir les lingettes, est la sueur citronnée d’une bodybuildeuse-camionneuse, qui consomme du jus de citron tout en conduisant. Mika Rottenberg interroge la représentation traditionnelle du corps féminin véhiculée par notre époque, allant à l’encontre des clichés traditionnels. Pour rajouter à notre sentiment d’interrogation, voire de malaise, les actrices qui jouent dans les installations de Mika Rottenberg sont elles-mêmes des performeuses – ou encore hustler, terme employé par Rottenberg dans la vidéo ci-après – qui font de leur apparence physique un gagne-pain. Notre culturiste, Heather Foster, est bodybuildeuse professionnelle. Dans la vidéo ci-dessous, Mary’s Cheries, une des ouvrières, Rock Rose, met en boîte des cerises réalisées à base d’immenses ongles rouges. Dans la vraie vie, cette femme utilise sa forte corpulence pour des activités de wrestling, c’est-à-dire de « domination » physique, tarifées (elle écrase de son poids des corps masculins). Autant dire qu’elle possède la poigne nécessaire pour rouler en boule un ongle préalablement concassé ! ↓

Si Mika Rottenberg vous inspire, sachez qu’à l’intérêt visuel du support vidéo se rajoute celui de la scénographie de ses œuvres. Pour Tropical Breeze, nous pénétrons dans une pièce où sont empilées les boîtes de la marque, c’est à dire le produit fini, prêt à être livré. L’effet d’une société productiviste est à nouveau souligné. Personnellement, je trouve le procédé intelligent car il rend le spectateur acteur des bizarreries de Rottenberg, lui permettant une prise de recul immédiate. Est-ce votre impression ? Etes-vous aussi sensible au rapport au corps, parfois dérangeant que déroule l’artiste, en particulier dans une autre de ses vidéos :  « Dough »  ? ↓

« Suintement vôtre »,

F.B.

 

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