Notre beauté fixe Inédits Exposition présentée du 20 janvier au 29 avril 2017 ©Galerie Le Réverbère, Lyon

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Catherine Dérioz – Galerie Le Réverbère – « Nous sommes réputés pour être une galerie qui aime accrocher »

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La Galerie le Réverbère est une institution lyonnaise pour les amoureux de la photographie. Je remercie Catherine Dérioz de me recevoir dans cet endroit qui est la plus ancienne galerie entièrement dédiée à la photographie de France ! Catherine Dérioz et Jacques Damez, ses créateurs, défendent depuis maintenant 35 ans une photographie de qualité, qui se veut exigeante et caractérisée par une grande pertinence du regard. Parmi les artistes que défend la galerie avec passion, citons Denis Roche, photographe français contemporain important et écrivain, décédé en 2015 et à qui le Réverbère a consacré l’année dernière une splendide exposition-hommage ; mais aussi William Klein, Bernard Plossu, Serge Clément, Pierre de Fenoÿl ou encore Arièle Bonzon.

Notre beauté fixe “ Photolalies ” pour Denis Roche Exposition présentée du 10 septembre au 31 décembre 2016 Galerie Le Réverbère, Lyon Pour : ©Galerie-Le-Reverbere-35ans-01.jpg

Vue de l’exposition Notre beauté fixe “ Photolalies ” pour Denis Roche. Exposition présentée du 10 septembre au 31 décembre 2016 ©Galerie Le Réverbère

 

Vue de l'exposition Notre beauté fixe “ Photolalies ” pour Denis Roche Exposition présentée du 10 septembre au 31 décembre 2016 ©Galerie-Le-Reverbere

Vue de l’exposition Notre beauté fixe “ Photolalies ” pour Denis Roche. Exposition présentée du 10 septembre au 31 décembre 2016 ©Galerie Le Réverbère

Art Design Tendance : Quand avez-vous démarré l’aventure du Réverbère, comment cela s’est-il construit ?

Catherine Dérioz : Avec Jacques Damez et d’autres nous avons créé en 1979 un club/collectif photo, le « CLAP » – Collectif Lyonnais d’Action Photographique -. En 1981, nous avons ouvert la galerie spécialisée en photographie contemporaine Le Réverbère, 17 rue Neuve à Lyon, accolée à la librairie du même nom qui n’existe plus aujourd’hui mais dont l’espace est resté inchangé ! En 1982, nous avons organisé la première exposition personnelle de Arièle Bonzon et avec elle le début de la construction de notre équipe

Notre local est vite devenu trop petit, car nous avions et avons toujours l’ambition de monter des expositions collectives avec du sens, il nous fallait donc plus de murs. C’est pourquoi nous nous sommes installés ici rue Burdeau en 1989 dans ce bel espace de 300 m2 bien avant que d’autres galeristes ne viennent s’installer…

A.D.T. : Comment définiriez-vous votre galerie et ses choix ?

C.D. : Nous nourrissons avec Jacques (Damez) le même amour pour une photographie qui réfléchit sur elle-même, non conceptuelle, et nous aimons la partager avec le public. Souvent, il s’agit d’une photographie qui s’intéresse au beau et au plaisir. Nous privilégions une photographie littéraire qui est poétique et sensible.

Nous avons pour moteur de monter des expositions collectives qui fassent se rencontrer les artistes et dialoguer les œuvres entre elles. La photographie de Denis Roche se prête bien à l’exercice, il s’est beaucoup intéressé à l’acte de photographier. C’est pourquoi lorsque nous avons conçu l’exposition en hommage à Denis Roche – Notre Beauté Fixe – « Photolalies » pour Denis Roche (1) – les artistes de la galerie étaient invités à présenter une ou plusieurs de leurs photos en résonance avec une œuvre de Denis qu’il choisissait au préalable. La même chose serait impensable avec William Klein par exemple, le risque étant de produire du « sous-Klein ». Les photographies de Denis Roche ont ce pouvoir d’ouvrir des pistes de réflexion.

Notre beauté fixe Inédits Exposition présentée du 20 janvier au 29 avril 2017 Galerie Le Réverbère, Lyon

Notre beauté fixe
Inédits
Exposition présentée du 20 janvier au 29 avril 2017
©Galerie Le Réverbère, Lyon

A.D.T. : On vient donc au Réverbère pour échanger et partager autour de la photo ?

C.D. : Oui, nous sommes dans l’échange avec nos artistes et le public. Une anecdote qui résume cette envie de partage : lorsque nous avons rencontré pour la première fois Serge Clément, c’était chez lui. Il possède une bibliothèque incroyable d’ouvrages consacrés à la photographie et il s’y trouvait des livres sur certains des artistes que nous représentions. Alors bien vite le dialogue s’est instauré… Nous adorons échanger des textes, parler de notre passion pour la photographie, recommander des expositions. D’ailleurs, plusieurs artistes que nous représentons écrivent, ce n’est pas un hasard. Le photographe, comme l’écrivain, crée un univers qui suscite en nous des images mentales.

Nous sommes une famille de pensée, nous vivons un véritable « compagnonnage » avec nos artistes et lions des amitiés profondes.

Je peux aussi dire que loin de céder à la facilité d’accrocher une photographie imagière, nous essayons de vendre des photographies pas seulement décoratives mais qui nécessitent une plus grande analyse. En cela, nous essayons de former le regard de notre public.

A.D.T. : Comment travaillez-vous ?

C.D. : Nous aidons les artistes à finaliser et à mettre en scène leurs œuvres. Nous travaillons énormément l’accrochage, le format, les liens entre les images et réfléchissons au fil conducteur d’une exposition. Notre rôle principal c’est d’être des « accoucheurs » du travail des photographes. C’est là véritablement notre ADN : nous sommes réputés pour être une galerie qui aime accrocher. Nous sommes les commissaires d’exposition de nos artistes.

Notre ambition est de concevoir des expositions photolaliques (2), en opposition à des expositions par trop didactiques.

Des artistes comme Roche, Plossu ou Klein n’ont pas besoin de notre galerie pour se faire connaître. Pourtant, ils nous sont restés et nous restent fidèles grâce à nos propositions d’accrochage. Une autre anecdote à ce sujet : quand nous avons rencontré William Klein qui était déjà connu, il nous a demandé de sélectionner sur-le-champ des photographies parmi de nombreux tirages, comme si nous devions organiser une exposition de ses photos. Il a vu que nous avions l’œil, et surtout la capacité de proposer un accrochage qui respecte l’œuvre. Depuis lors, il nous laisse libre et nous fait confiance pour concevoir ses expositions.

Et puis nous sommes une galerie de découvreur à l’inverse d’une galerie de marché. Nous nous sommes ainsi faits « piquer » bon nombre d’artistes que nous avions aidé à émerger et chez qui nous avions repéré du talent.

Notre beauté fixe Inédits Exposition présentée du 20 janvier au 29 avril 2017 ©Galerie Le Réverbère, Lyon

A.D.T. : Et avec de jeunes photographes, comment se passe votre relation de travail ?

C.D. : Nous les aidons à prendre confiance en eux et à exprimer leur potentiel. Je peux par exemple citer Géraldine Lay, une ancienne étudiante de Jacques Damez (3), diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie en 1997, et que nous avons présenté pour la première fois en 2005, à l’occasion de l’exposition collective Les pépinières du Réverbère. Nous l’avons aidé à affirmer son écriture.

Il faut laisser au photographe le temps de construire une œuvre, de mûrir et éviter des expositions trop fréquentes qui « l’abîmeraient ». Un artiste doit aussi apprendre à se faire désirer…

 

A.D.T. : J’en arrive à une question « épineuse » ; qu’est-ce qui fait, selon vous, d’un photographe un véritable artiste ?

Catherine Dérioz propose alors à Jacques Damez d’intervenir et de livrer son point de vue sur la question

Jacques Damez : Selon moi on reconnaît un véritable photographe au fait qu’il incarne, via son art, son être au monde. Je m’explique : les grands photographes ont tous une écriture qui leur est propre, ils transmettent quelque chose de l’ordre de l’indicible et qui pourtant révèle qui ils sont véritablement… Derrière la photographie, l’artiste parle de lui-même… Il dépasse la simple représentation du monde pour révéler son rapport au monde, et donc sa personnalité.

Ensuite, le photographe que nous aimons possède une constance dans son regard. Pour autant, son art ne repose pas sur une recette toute faite. Il possède une écriture très personnelle que l’on reconnaît instinctivement.

A.D.T. : Quel regard portez-vous sur le marché actuel de la photographie ?

 C.D. : Il a fallu du temps pour installer la photographie dans le paysage artistique, c’est un marché encore jeune qui a démarré au début des années 70. Nous voyons aujourd’hui avec bonheur des jeunes qui débutent une collection. Je pense qu’il faut être disponible, dans l’empathie, pour apprécier la photographie. Il faut comme avec les artistes accompagner les collectionneurs dans leur désir, leur apporter au fil des rencontres une culture visuelle et une compréhension de ce qu’il cherche sans jamais leur imposer nos choix. Etre à l’écoute…

Les collectionneurs fidèles qui fréquentent notre galerie construisent en général une collection à leur image, qui dit au fond ce qu’ils sont.

A.D.T. : Quels sont les événements en cours et à venir à la Galerie ?

C.D. : J’aimerais d’abord vous confier une belle nouvelle. Sylvie Raymond, la directrice du Musée des Beaux-Arts de Lyon à proposer à Jacques Damez d’être commissaire associé pour la photographie d’une prochaine exposition à venir en décembre prochain qui sera consacrée à l’art moderne mexicain. En écho à cette exposition, nous organiserons un accrochage de photographes plus contemporains à la galerie, avec notamment les clichés mexicains de Bernard Plossu.

Vous pouvez découvrir en ce moment une nouvelle exposition collective : De la marche à la démarche (Frédéric Bellay, Beatrix von Conta, Philippe Herbet, Bernard Plossu, Du 18 mai au 29 juillet 2017).  Les photographes parcourent le monde et marchent énormément, d’où l’idée d’organiser une exposition autour du thème de la marche…

Catherine Dérioz, je vous remercie pour le temps que vous avez bien voulu me consacrer et à très bientôt donc au Réverbère pour échanger autour des œuvres !

(1) Exposition-hommage en l’honneur de Denis Roche, artiste représenté par la galerie et décédé le 2 septembre 2015 .

(2) Le terme « photolalie » a été inventé par Denis Roche, un mot musical et évocateur qu’il définit ainsi : « J’appelle photolalie cet écho muet, ce murmure de conversation tue qui surgit entre deux photographies, très au-delà du simple vis-à-vis thématique ou graphique ».

(3) Jacques Damez, en plus de codiriger la galerie avec Catherine Dérioz et de développer une œuvre personnelle enseigne la photographie dans différents établissements.

 © Beatrix von Conta, Projet Franciscopolis, Le Havre 2015

 © Frédéric Bellay, extrait de "Gouverné par le vent", calanques, 2007-2011

©Bernard-Plossu Ile de Houat, 2008

©Philippe Herbet

 

F.B.

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