Wim Delvoye, Euterpe, 2001-2002. Gros plan.

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Wim Delvoye, radiographe du « X »

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Wim Delvoye, Euterpe, stained glass with radiographies of couples making love, steel, X-rays, glass, lead, 200 X 80 cm.

Wim Delvoye, Euterpe, stained glass with radiographies of couples making love, steel, X-rays, glass, lead, 200 X 80 cm.

Ce vitrail interpelle la curiosité de chacun : de loin, il est difficile de voir ce que contient exactement les différents carreaux, et de très loin on  pourrait penser qu’il s’agit d’un vitrail ordinaire à même d’être exposé dans n’importe quelle église. En réalité, il s’agit de l’extraordinaire travail d’un artiste contemporain connu pour son penchant à la provocation et l’audace, mais aussi pour son originalité qui ne manque pas de souligner des positions politiques et religieuses assez tranchées. 

Wim Delvoye

Wim Delvoye est un artiste contemporain de nationalité belge né en 1965. Il a tout d’abord été connu pour son invention du Cloaca dite “Machine à caca” qui retranscrit le processus de la digestion humaine avec une performance qui ne peut être contestée, car elle aboutit à la production de véritables excréments. L’alliance entre le trivial et le religieux ou le politique fait de Wim Delvoye un successeur contemporain possible au célèbre artiste flamand Pieter Brueghel (1525-1569).

Outre cette performance qui l’a fait connaître à un plus grand public, Wim Delvoye est également connu pour sa grande modernité. Il n’hésite pas à utiliser des techniques innovantes telles que l’impression 3D ou le découpage laser afin de pouvoir créer des œuvres sculpturales aussi originales que surprenantes. Il travaille également avec des artistes iraniens et chinois : la série de pneus Carved Tyres montre la grande précision des artisans chinois, permettant à l’artiste de questionner la valeur et les limites de l’ornement. Ainsi, on pourrait dire que Wim Delvoye se présente comme un artiste paradoxal, évoluant entre sensibilité, délicatesse, provocation et dégoût.

La médecine au service de l’art

 

Wim Delvoye, Euterpe, 2001-2002. Gros plan.

Wim Delvoye, Euterpe, 2001-2002. Gros plan.

Les 9 muses ont été exposées en 2001-2002. Le tableau Euterpe (ci-dessus) en fait partie. Il s’agit d’une série de radiographies à caractère sexuel exposées sous la forme de vitraux gothiques. Évidemment, on notera le jeu de mots de l’artiste entre « x-ray » et les « photos x ». Un jeu de mot qui pourrait traduire un goût obscène  pour une société où plus rien ne choque, où l’on pourrait tout voir, même les moments les plus intimes.

Ici, l’imagerie médicale est utilisée en tant qu’outil et moyen pour accéder à la transparence, peut-être même à l’intériorité humaine. Elle permet d’accéder au fantasme de « tout voir ». Bizarrement, elle m’évoque la curiosité quotidienne de chacun à toujours « aller voir » sur les réseaux sociaux  la vie des autres, et surtout le corps des autres exposés, parfois nu ou à moitié nu, sur des photos de profil.

Wim Delvoye est  allé plus loin que ce que le regard humain autorise : il a voulu dépasser la contrainte matérielle de l’enveloppe corporelle. En véritable explorateur, il a utilisé la radiographie dans l’espoir d’aller voir au-delà et de découvrir une intimité encore plus profonde du corps et des relations humaines. Or, la médecine peut elle réellement aboutir à ce rêve scientifique de la transparence ? Peut-on réellement tout expliquer et tout « mettre à nu » ? Ne s’agit il pas d’une réponse critique au fantasme ? Car, après tout, les images ne nous disent rien sur les raisons du désir de ce baiser ou de cet acte sexuel. Les sentiments et les émotions sont absents et ce qui reste n’est que fragment de ce qui a été.

Néanmoins, les photos restent fascinantes et captivantes par l’impersonnalité de l’acte. En un mot, on peut se projeter et l’acte nous rappelle des souvenirs intimes que l’on garde pour nous, cette fois-ci. En vrai catharsis, ce vitrail condamne toute intimité et pourtant engendre une intimité, voir même une pudeur de la part du spectateur, qu’elle soit voulue ou non.

Wim Delvoye, vitrail Melpomene, 2001-2002, issu de la série Les 9 muses.

Wim Delvoye, vitrail Melpomene, 2001-2002, issu de la série Les 9 muses.

 

Wim Delvoye, vitrail Terpsichore, 2001-2002, issu de la série Les 9 muses.

Wim Delvoye, vitrail Terpsichore, 2001-2002, issu de la série Les 9 muses

Wim Delvoye ne se contente pas de la simple image médicale telle qu’elle se présente à nous, mais en montre une décomposition possible. Souvent vue comme un tout qui définit la gravité de la maladie du patient, la radiographie est ici « remodelée » et « rassemblée » dans un univers coloré et peut-être plus joyeux. On remarquera le jeu de couleur sur les 2 radiographies inclues dans les deux œuvres du dessus et aussi l’importance du fond de couleur noir ou rouge. La géométrie des formes est telle que la radiographie disparaît et se fond dans le cadre du vitrail. Elle épouse délicatement ce dernier pour aboutir à un résultat entonnant. Le dégoût disparaît et la provocation est à peine perceptible (comparé au tableau précédent) car la médecine a peut-être trouvé une place légitime au sein de l’art : être un outil à disposition de l’artiste dans sa volonté d’émouvoir ?

Écrit par Kristina AZARYAN.

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