J'ai testé le 1er jeu vidéo du Centre Pompidou

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J’ai testé le 1er jeu vidéo du Centre Pompidou

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Le Centre Pompidou a récemment sorti son 1er jeu vidéo, conçu en collaboration avec Olivier Mauco, CEO de l’agence de création de médias ludiques Games in Society (@GameinSociety) et Abdel Bounane (@AbdelBounane), fondateur de Bright, spécialiste des créations ludiques et esthétiques. Le jeu est sorti le 24 mai, disponible gratuitement sur mobile (IOS/Android) et ordinateur (PC/Mac). N’étant pas du tout un « gamer », j’étais assez curieux de savoir comment le Centre Pompidou, en tant qu’institution scientifique, avait conçu une médiation culturelle via un jeu a priori ouvert à tous les publics ! ↓

Un jeu de plateforme esthétiquement réussi

Prisme 7 est un jeu de plateforme qui propose 6 univers de jeux dont un 1er niveau qui est une mise en bouche pour familiariser le joueur à l’environnement du jeu. Le joueur est matérialisé par une sorte d’essaim d’abeilles qui se déplace dans des couloirs et sur des niveaux différents qui font clairement référence à la structure extérieure tubulaire du Centre Pompidou. Au fur et à mesure le joueur va collecter des « orbes », des petits points rouges qui servent de jokers pour ouvrir des portes ou passer des difficultés. ↓

Vue du jeu Prisme 7, le 1er jeu vidéo du Centre Pompidou

Vue du jeu Prisme 7. Vous voilà représenté par un essaim avec de petits points rouges qui sont comme des sortes de « joker » que vous pouvez utiliser pour franchir certaines difficultés.

 

Vue du jeu Prisme 7.

Vue du jeu Prisme 7. Vous déambulez avec vos orbes dans le musée, les œuvres ne se découvrent pas, c’est à vous d’aller les chercher !

En déambulant dans les couloirs, vous allez pouvoir collecter des œuvres d’art, matérialisées par de beaux cristaux ; le but étant d’en ramasser le plus possible ainsi que des orbes. Ce qui m’a plu sur ce jeu, c’est avant tout le graphisme léché déployé sur les différents niveaux. Il vous faudra déplacer des éléments, des personnages aussi, pour poursuivre votre chemin dans des univers différents. Comme dans un jeu vidéo traditionnel, le passage au niveau supérieur suppose que vous ayez réussi à passer les embûches du niveau inférieur. ↓

Vue du jeu vidéo Prisme 7

Vue du jeu vidéo Prisme 7. Un design attractif et original à chaque niveau.

 

Vue panoramique du jeu vidéo Prisme 7, 1er jeu vidéo du Centre Pompidou.

Vue panoramique du jeu vidéo Prisme 7, 1er jeu vidéo du Centre Pompidou. Chaque niveau est d’un point de vue graphique très réussi. Ici, une oeuvre d’art à collecter matérialisée par un cristal bleu.

 

Vue panoramique du jeu vidéo Prisme 7. Le 1er jeu vidéo du Centre Pompidou.

Vue panoramique du jeu vidéo Prisme 7. Le 1er jeu vidéo du Centre Pompidou.

Médiation et interactivité : point faible

En revanche, il y a un point sur lequel j’ai été déçu. Prisme 7 délivre une médiation culturelle à chaque fin de niveau, correspondant aux œuvres que vous avez collectées et en lien avec la thématique du niveau. Le Centre Pompidou a pris le parti de développer chaque univers autour de 2 thématiques universelles : la couleur et la lumière. Ex : Niveau 1/Couleur & Fonction, Niveau 2/Couleur Système, Niveau 3/Couleur engagée….. Niveau 7/Lumière physique. La médiation est bien en lien avec ces 2 notions mais, en revanche, le joueur n’y a accès qu’à la fin de chaque niveau. C’est dommage, j’aurais préféré un accès interactif avec les œuvres !

En ce qui concerne la médiation elle-même, rien à dire. 2 niveaux de lecture pour satisfaire l’appétit des plus curieux. Des supports différents : dossier pédagogiques, podcasts, vidéos… Un choix d’œuvres éclectique habilement guidé par les 2 thématiques retenues. Par exemple, pour la couleur rouge, les éléments superposés de Donald Judd (1928-1994) voisinent avec une installation in-situ de Felice Varini (1932), les créations de Vera Molnár (1924) avec le Déjeuner sur l’herbe d’Alain Jacquet (1939-2008).

Vue du jeu Prisme 7, le 1er jeu vidéo du Centre Pompidou.

Vue du jeu Prisme 7, le 1er jeu vidéo du Centre Pompidou. Ici dans le niveau « Couleur & Fonction », fiche de médiation sur Donald Judd et le pourquoi de l’utilisation du rouge pour ses fameuses « piles ».

 

Vue du jeu Prisme 7, le 1er jeu vidéo du Centre Pompidou.

Vue du jeu Prisme 7, le 1er jeu vidéo du Centre Pompidou. Suite aux explications sur Donald Judd, le joueur se voit la possibilité de basculer sur les dossiers pédagogiques en ligne du Centre Pompidou, ici le Minimalisme auquel est rattaché Donald Judd.

 

Vue du jeu Prisme 7, le 1er jeu vidéo du Centre Pompidou.

Vue du jeu Prisme 7, le 1er jeu vidéo du Centre Pompidou. Médiation sur l’oeuvre 360° rouge n°2 de Felice Varini.

 

Vue du jeu Prisme 7, le 1er jeu vidéo du Centre Pompidou.

Vue du jeu Prisme 7, le 1er jeu vidéo du Centre Pompidou. Médiation concernant une oeuvre de Vera Molnár, fil conducteur : toujours le rouge !

 

Vue du jeu Prisme 7, le 1er jeu vidéo du Centre Pompidou.

Vue du jeu Prisme 7, le 1er jeu vidéo du Centre Pompidou. L’oeuvre Le Déjeuner sur l’herbe d’Alain Jacquet.

Pour quel type de joueur ?

En revanche, j’avoue mon incrédulité quant à qui se destine véritablement ce jeu ; en terme marketing le « persona » ? Le véritable gamer : non certainement pas, il manque des « méchants à tuer », l’ambiance est voluptueuse et ne mise pas sur l’adrénaline. L’amateur passionné qui n’y connaît rien en jeu vidéo ? Pourquoi pas, mais quand même, il manque une animation plus punchy. Ou alors on peut tout à fait imaginer que Prisme 7, de par son esthétisme recherché, est une création artistique à lui seul :-)) ↓

Vue du jeu Prisme 7, le 1er jeu vidéo du Centre Pompidou

Vue du jeu Prisme 7, le 1er jeu vidéo du Centre Pompidou.

→ Mais qui est l’artiste Alain Jacquet ?

Alors que son célèbre tableau Le Déjeuner sur l’herbe (1964) qui revisite le tableau classique éponyme de Manet est connu dans le monde entier, la personnalité d’Alain Jacquet l’est moins. En cherchant des informations sur cet artiste français, j’ai trouvé une photo qui témoigne de son implication dans le milieu artistique new-yorkais des années 60, en pleine période Pop-art. 

Alain Jacquet en compagnie de Léo Castelli & Roy Lichtenstein, à l'occasion de son exposition à la galerie Iolas, New-York, 1964

Alain Jacquet en compagnie de Léo Castelli & Roy Lichtenstein, à l’occasion de son exposition à la galerie Iolas, New-York, 1964. L’artiste arbore une tenue « camouflée ». © DR. Photographie issue du site officiel consacré à Alain Jacquet : http://www.alain-jacquet.fr/index.php

Et pourtant, le CV de cet artiste français représentant du Pop-art est conséquent. Parti s’installer à New-York en 1964, il a déjà exposé au début des années 60 et confronte des tableaux importants de l’histoire de l’art avec les icônes publicitaires de son temps, en ce sens il est avant-gardiste, car il connaît déjà les travaux des premiers artistes américains estampillés « pop » : Roy Lichtenstein, Jasper Johns, Andy Warhol, etc. Son idée : maquiller les œuvres d’art célèbres à la façon militaire du camouflage ou encore croiser une œuvre d’art et l’image d’un objet quotidien. Une réflexion sur la perception que nous avons des œuvres et la façon dont nous en parlons… ↓

 

Alain Jacquet,  Camouflage Botticelli - La naissance de Vénus II, 1962.

Alain Jacquet, Camouflage Botticelli – La naissance de Vénus II, 1962. L’artiste livre le corps de Venus à la fois dans, devant et derrière une pompe à essence.

 

Alain Jacquet, "Camouflage Jasper Johns, La voix de son maitre", 1963.

Alain Jacquet, Camouflage Jasper Johns, La voix de son maitre, 1963. Ca ne vous rappelle rien ? © Photo Éric Simon, depuis le blog : http://www.actuart.org/

 

Camouflage Vénus de Cnide, 1963-1964 de Alain Jacquet.

Camouflage Vénus de Cnide, 1963-1964 de Alain Jacquet. © Photo Éric Simon, depuis le blog : http://www.actuart.org/

Sur la photographie, outre Roy Lichtenstein, figure Léo Castelli (au centre), le galeriste historique de ce dernier. Pour la petite histoire, sachez que l’oeuvre d’Alain Jacquet, Le Déjeuner sur l’herbe, a été réalisée avec la complicité du critique et théoricien de l’art Pierre Restany, de l’artiste Italien Mario Schifano, de la galeriste Janine de Goldsmith (Galerie J) et aussi la sœur de celle-ci, qui prennent la pose à la manière du Déjeuner sur l’herbe peint par Manet en 1963. Actif toute sa vie, représentant du mouvement de « la nouvelle figuration », Alain Jacquet continuera d’explorer de nouveaux langages artistiques (on parle notamment de ses « matériaux tramés »). Il représente la France à la Biennale de Venise de 1976. 

F.B.

 

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