Art Paris 2013 Grand Palais

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Hervé Perdriolle : «On ne peut pas inventer sans cesse la nouveauté dans l’art contemporain (…) la nouveauté provient aussi de l’interprétation »

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Suite et fin de mon interview exceptionnelle avec Hervé Perdriolle, critique d’art, commissaire d’exposition et marchand d’art. J’ai voulu rencontrer ce grand connaisseur de l’art contemporain pour comprendre ce qui l’avait poussé à partir pour découvrir de nouvelles formes d’art en Inde.

Si vous avez raté l’épisode précédent, c’est ici !

Art Design Tendance : Peut-on dire que l’on assiste à la naissance d’un marché ?

Hervé Perdriolle : Oui mais nous en sommes encore au début. Ces formes d’art seront vraiment visibles le jour où dans n’importe quelle librairie spécialisée, on trouvera des ouvrages consacrés au sujet, comme c’est le cas aujourd’hui pour l’art aborigène australien. Il faut des expositions et des publications pour sensibiliser les personnes et qu’un marché puisse exister.

Je pense que c’est une chose qui peut qu’arriver dans la mesure où cela fait plus d’un siècle que des ethnologues, intellectuels ou poètes travaillent sur la question. Surtout, il existe un matériel iconographique colossal qui dort (photographies, films, vidéos).  Ce n’est pas prétentieux de dire que la richesse de l’art vernaculaire indien est bien supérieure, dans sa diversité, à celle de l’art aborigène australien. Avis aux éditeurs…

A.D.T. : Allez-vous sur place pour dénicher de nouveaux talents ?

H.P. : Toujours. Chaque voyage fait l’objet de recherches, je reste éveillé. Les vrais artistes, contemporains ou tribaux, sont très difficiles à trouver. On est souvent confronté à du folklore. D’ailleurs, on trouve souvent plus de folklore dans l’art contemporain occidental que dans l’art vernaculaire indien ! Par folklore,  j’entends des gens qui ne font que répéter les partitions héritées des avant-gardes historiques, en déplaçant les choses d’une virgule ou de trois points de suspension.

A.D.T. : Les grandes fortunes indiennes collectionnent-elles l’art traditionnel de leur pays ?

H.P. : Oui, Abhishek Poddar par exemple. Il fait parti d’une grande famille indienne qui possède la plus grande collection d’œuvres de Yanghar Singh Shyam. C’est lui qui a prêté une grande partie des pièces de l’exposition du Quai Branly Autre Maîtres de l’Inde.

A.D.T. : Y a-t-il de grosses disparités sur le marché entre  l’art vernaculaire indien et l’art contemporain ?

H.P. : Le jour et la nuit simplement ;-). Le record pour une œuvre de Janghar Singh Shyam est d’environ 35.000 dollars ;  pour l’art contemporain indien c’est le million.

Un autre exemple comparatif avec l’art aborigène australien : une œuvre de Clifford Possum a atteint 2 millions de dollars.

A.D.T. : Pouvez-vous nous parler de votre activité professionnelle aujourd’hui ?

H.P. : À la base, je suis critique d’art et commissaire d’exposition, activités que je poursuis. J’ai beaucoup écrit sur ces formes d’art sans rencontrer un écho suffisant. Pour permettre la reconnaissance de l’art tribal indien, il était donc nécessaire que des œuvres acquièrent financièrement de la valeur, c’est pourquoi je suis devenu marchand d’art, par accident ! C’est ainsi qu’une œuvre de Janghar Singh Shyam a remporté une enchère conséquente à New York. C’est un début  qui amène les collectionneurs à porter un regard sérieux sur ces nouvelles formes d’art.

Ces activités parallèles se rejoignent, la reconnaissance de l’art tribal indien passe par l’organisation d’expositions qui rendent crédibles aux yeux des collectionneurs l’art indien. Je peux par exemple citer l’exposition Mémoires Vives pour les 30 ans de la Fondation Cartier (2014), dans laquelle ont été présentées des œuvres ou encore l’exposition KALEIDOSKOPIC INDIA à la maison Guerlain (17 octobre au 14 novembre 2014 #GUERLAIN69).

A.D.T.: Avez-vous une œuvre préférée dans l’art vernaculaire indien ?

H.P. : Non, et c’est le cas également pour la Figuration Libre. Je me suis inventé une philosophie qui s’appelle « l’accouplement des sentiments contraires »,  c’est à dire que j’ai tout autant besoin du Cri de Munch que de la Venus de Botticelli ou que des toiles de Rothko. J’ai besoin de ces extrêmes. J’apprécie des formes d’expressions radicalement différentes !

A.D.T. : Une question plus personnelle maintenant. En dehors de la Figuration Libre et de votre travail actuel sur l’art indien, y a-t-il  des artistes qui excitent votre curiosité ?

H.P. : J’aime beaucoup l’œuvre de Michel Blazy qui travaille autour de la décomposition du vivant. J’apprécie Céleste Boursier-Mougenot, artiste qui va représenter la France à la prochaine Biennale de Venise. Il vient de la musique et réalise des installations mêlant arts plastiques et sonorités expérimentales. J’ai plus de mal avec le travail de Xavier Veilhan par exemple, j’ai besoin de voir des artistes qui prennent des risques et se mettent en danger. J’aime les œuvres inachevées, en devenir constant, l’objet fini et réussi esthétiquement m’intéresse peu.

A.D.T. : Voyez-vous des choses nouvelles émerger dans l’art contemporain ?

H.P. : Ça bouge beaucoup. J’attends des propositions autour de la sensorialité. Au niveau du design, il y a encore tout à faire… Je suis un grand fan de l’architecture de Frank Lloyd Wright, soit l’idée d’une architecture qui nous accompagne dans le temps. Je souhaite un rapport plus affectif avec les objets. À force de les mépriser, ils nous polluent.

On ne peut pas inventer sans cesse la nouveauté dans l’art contemporain. D’ailleurs, il n’y a que dans l’art que cette question récurrente se pose. Dans la danse ou la musique, la nouveauté provient aussi de l’interprétation. L’interprétation est en soi un art. Ce qui compte c’est la qualité d’interprétation de l’artiste, c’est très sclérosant pour un artiste de devoir absolument créer quelque chose de nouveau.

Vous savez les artistes radicaux comme Malevitch ou Duchamp étaient eux-mêmes des interprètes certes radicaux, mais inouïs de leur époque. Aujourd’hui, nous sommes à mêmes de constituer notre propre cabinet de curiosités. Nous sommes sortis des avant-gardes historiques et de l’appareil militaire qui les accompagnait. Le jour où le parti libre du musée imaginaire deviendra fatiguant, c’est qu’il sera, à son tour, soumis à la pensée unique !

Hervé Perdriolle, je vous remercie de terminer sur cette note qui nous invite à rencontrer la diversité dans l’art, sans pensée dogmatique !

Art Paris 2013 Grand Palais

Art Paris 2013 Grand Palais

Statue Ravinder Reddy et Peinture Jivya Soma Mashe - Art Paris 2013 Grand Palais

Statue Ravinder Reddy et Peinture Jivya Soma Mashe – Art Paris 2013 Grand Palais

Dans la galerie en appartement d'Hervé Perdriolle

Dans la galerie en appartement d’Hervé Perdriolle

L’actualité des artistes de la collection d’Hervé Perdriolle :

EXPOSITION « LUCIFER » au PURGATOIRE

PARIS 4 MAI – 20 MAI 2015

→ SHANTARAM TUMBADA au  MUSEE INTERNATIONAL DES ARTS MODESTES – « VEHICULES »

SETE 27/03 – 20/09 SHANTARAM TUMBADA

HERVE PERDRIOLLE GALERIE EN APPARTEMENT

51 RUE GAY LUSSAC 75005 PARIS 01 46 33 99 09 – 06 87 35 39 17

Le site de la galerie Hervé Perdriolle :  herve-perdriolle-paris.blogspot.com/

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Video Hervé Perdriolle s’exprime sur l’art de Jivya Soma Mashe :

 F.B.

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