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Quand Mao devient le « Erró » du peuple chinois

Art contemporain| Vues: 330

Il doit y avoir du bon à habiter un pays faiblement peuplé, balayé par les vents océaniques, et en proie aux secousses de la tectonique des plaques. Il faut croire que les éléments naturels, hostiles à l’homme, dope la créativité de ses habitants. C’est du moins ce que mon pifomètre me suggère de plus en plus, lorsque j’observe la richesse artistique qui émane du peuple islandais.

Drôle d’entrée en matière pour ce billet vous me direz, mais c’est que l’artiste dont je vais vous parler paraît difficile à cerner…tant sa créativité semble illimitée !                 Guõmundur Guõmundsson est né le 19 juillet 1932 à Ōlafsvīk, dans le nord-ouest de l’Islande. Son nom d’artiste est Erró, et, à la vue des tableaux Mao a San Marco (1975) et Watercolors in Moscow (1975) la semaine dernière, je me suis demandé ce qui lui était passé par la tête ! Et en même temps j’eus l’envie de crier au génie.

Erró, Mao à San Marco, 1975

Erró, Mao à San Marco, 1975

Erró, Watercolors in Moscow, 1975

Erró, Watercolors in Moscow, 1975

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Moi qui était parti pour « dévorer » du Gerhard Richter exposé dans une grande rétrospective que lui consacre le Centre Georges Pompidou, voilà que je me retrouve aux prises avec 2 tableaux, à l’existence improbable, avec un créateur au nom tout aussi farfelu. Bien m’en a pris d’arrêter mon regard, et de m’interroger sur la démarche artistique de son auteur. Bien sur, d’aucuns diront que la critique est évidente : sous couvert d’un arrière fonds composé d’une des plus grandes places touristiques mondiales, Mao Zedong, le grand leader de la révolution chinoise, se met en scène comme dans d’autres affiches ou toiles propagandistes.↓

Lia Chunhua, Chairman Mao goes to Anyuan, 1968

Lia Chunhua, Chairman Mao goes to Anyuan, 1968

Mais c’est plutôt l’effet énorme de décalage sur lequel joue Erró et son style qui m’ont interloqué et beaucoup amusé. Ah oui j’ai ricané en moi-même, ne pouvant m’empêcher de penser sur l’instant à une autre héroïne d’un tout autre calibre, la célèbre Martine, de la série du même nom, qui en cette année 1975 apprend à nager.

Delahaye / Marlier, Martine apprend à nager, 1975

Delahaye / Marlier, Martine apprend à nager, 1975

Même époque même style ? Pour autant je ne suis pas certain qu’Erró connaisse, ou ne voue un culte particulier à Marcel Marlier, l’illustrateur patenté de la fameuse série ! Toujours aussi drôle de s’imaginer Mao, sorte de diplomate altier, en tournée dans les plus grandes capitales européennes et mondiales ? Risible, non  ?

Ou encore d’imaginer une héroïne / guerrière de la révolution populaire chinoise en visite à Venise, immortalisée près du Grand Canal, irrésistiblement ironique…↓

Erró, Canal Grande, 1976

Erró, Canal Grande, 1976

Pour réaliser ces 2 tableaux, notre artiste a travaillé à partir d’affiches et de livres illustrés achetés lors d’une exposition de peintres réalistes socialistes chinois. Il les a ensuite confrontées à des magazines de divertissements qui sont envoyés dans les bases américaines de Thaïlande. Avant de peindre à l’huile, Erró réalise des collages préparatoires. Histoire de mieux confronter, mélanger, imbriquer, 2 visions du monde.     Je trouve que le tour de force que réalise Erró, la transposition irréelle de Mao par exemple dans un endroit mille fois exposé à nos yeux, ouvre notre regard autrement au lieu représenté, et à son personnage. Ce que nous avons l’habitude de percevoir étant chamboulé, décodifié, nous sommes dans une autre lecture de ce qui est représenté sous nos yeux.

Les 2 tableaux sont actuellement exposés au Centre Georges Pompidou, dans la partie contemporaine du musée. Ils font partie d’une série : Les Tableaux Chinois, qui comprend 60 pièces « racontant » l’histoire de Mao Tsé-tung comme conquérant du monde. La série est pour la première fois exposée au Kunstmuseum de Lucerne en septembre-novembre 1975. Pour bien faire les choses, l’exposition qui voyage – comme son leader Mao – est accompagnée d’un petit livre rouge, sorte de catalogue de l’exposition. Ironie du sort, le décès de Mao Zedong en septembre 76, assurera le succès de l’exposition à la O.K. Harris Gallery de New York la même année – toutes les toiles seront vendues avant le vernissage.

Il ne s’agit là que d’un aperçu très bref, et au final peu représentatif de l’œuvre d’Erró. Si ce billet vous a mis en appétit pour découvrir d’autres facettes de cet incroyable talent, faites-le moi savoir ! Pour finir vous trouverez ci-dessous une vidéo du Centre Pompidou dans laquelle vous aurez une autre vision plus pop du travail d’Erró.↓

 

 

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