Musées des Arts décoratifs, dernier étage au-dessus de la nef centrale

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Le Musée des Arts Décoratifs de Paris

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Art Design Tendance poursuit son travail d’investigation sur le thème de l’irruption du numérique dans les institutions muséales et les lieux de patrimoine. Après le Centre Pompidou et le Musée d’Art Contemporain de Lyon, me voici reçu au Musée des Arts Décoratifs de Paris.

La dernière fois que j’avais mis les pieds aux Arts Décoratifs, c’était pour l’édition 2013 de Museomix durant laquelle j’avais perçu le patrimoine singulier de cette institution. Deux musées, une école, des Ateliers de pratique artistique, une bibliothèque avec fonds documentaire exceptionnel : les ressources scientifiques du musée sont riches.

Alors justement, quand on a à sa disposition un tel patrimoine, comment vit-on les transformations numériques en cours ? Pour en parler, j’avais fort à faire avec devant moi trois interlocuteurs passionnés et… passionnants !

Vue du dernier étage du Musée des Arts Décoratifs, au-dessus de la nef

Vue du dernier étage du Musée des Arts Décoratifs, au-dessus de la nef. C’est ici que travaillent les différents services du musée. Vous êtes dans les coulisses… ©FrançoisBoutard

 


Pascale de Sèze : Je suis chargée de la communication pour l’ensemble des activités de l’Association des Arts Décoratifs association privée loi 1901. Cette association gère à la fois des musées – le  musée des Arts Décoratifs,  avec des collections d’arts décoratifs, design, mode et textiles, publicité, graphisme – et le musée Nissim de Camondo qui se trouve Rue de Monceau. Elle gère également l’Ecole de Camondo qui forme des architectes d’intérieur et des designers, des ateliers de pratiques artistiques –les Ateliers du Carrousel – ainsi qu’une bibliothèque qui se trouve également rue de Rivoli. Au sein de la communication, Fabien Escalona s’occupe à la fois du site internet et des réseaux sociaux. Catherine Collin elle,  a en charge le service des Publics et dépend de la Direction des musées.

Catherine Collin : Au sein du service des publics, nous avons un département pédagogique et culturel qui s’adresse directement à nos visiteurs mais également le centre de documentation davantage dédié aux chercheurs et la photothèque. Je suis venue au numérique par la numérisation des œuvres et des bases de données des œuvres. Avant même le premier Museomix*, nous étions déjà sollicités par des étudiants dans le domaine du numérique ; les Arts Décoratifs leur paraissaient être un chantier propice d’investigation et de proposition. Je peux citer par exemple Kevin Boezennec, qui dans le cadre de son diplôme à l’Ensci-les ateliers a inventé un dispositif appelé La visite est à vous, mais également des éléves de Telecom Paris autour de la thématique du toucher puis des sociétés spécialisées nous ont sollicités pour concevoir ensemble des parcours de visite innovants jusqu’à l’arrivée de l’agence Web Mosquito.

Fabien Escalona : Je suis en charge du site Internet et des réseaux sociaux pour l’institution. Pour le site, je travaille avec la société Mosquito. Cette structure, petite mais réactive, nous accompagne à chaque développement de notre site Internet. C’est d’ailleurs une préoccupation actuelle puisque nous travaillons à une refonte du site.

C.C. : Nous avons accueilli les éditions 2011 #1 et  2013 #3 de Museomix, c’est une reconnaissance du numérique au sein des Arts Décoratifs même s’il n’y a pas encore de dispositif mis en place. La Fondation Bettencourt-Schueller nous appuie aussi bien pour la numérisation des collections des musées et des ouvrages de la bibliothèque que pour la mise en place de dispositifs numériques innovants installés dans le parcours des collections. Ces systèmes seront mis en place en 2015.


Art Design Tendance : Quand avez-vous démarré la numérisation des collections ?

C.C. : La photothèque existe depuis longtemps et lorsque nous avons eu le souhait de diffuser nos collections par le web, nous sommes passés de la numérisation des diapositives que nous avions déjà, jusqu’à la prise de vue numérique des œuvres. Nous avions un budget interne déjà conséquent pour réaliser cela, mais surtout, nous avons bénéficié d’une bonne écoute et d’un bon relais du Ministère de la Culture et de la Communication. Le Ministère, dans le cadre d’appels à projets de numérisation, a retenu un certain nombre de corpus que nous leur avons présentés. Il est d’ailleurs intéressant de constater que les projets sont passés de la sauvegarde du patrimoine culturel via la numérisation à la mise en place de dispositifs usant de ces ressources. Le Ministère vient ainsi de boucler le troisième appel à projets numériques innovants.                       

F.E. : Je fais partie de la direction de la Communication. Avant mon arrivée, le webmaster était rattaché à la Direction informatique, preuve que les choses ont évoluées depuis. Mon poste s’inscrit dans un processus global de communication sur l’institution et ses collections. J’exploite la richesse des Arts Décoratifs avec les différentes entités que sont les musées, l’école, les ateliers et la bibliothèque. Dans un premier temps, j’étais en charge du site Internet puis progressivement s’est greffée la gestion des réseaux sociaux. Ce qui est fascinant dans mon travail, c’est la complémentarité entre l’entité «matérielle» du musée et celle dématérialisée des réseaux. Ou comment disséminer, sur la toile, notre patrimoine !


A.D.T. : A partir de quand peut-on situer la mise en place d’une présence sur les réseaux sociaux ?               

F.E. : Nous sommes arrivés sur les réseaux sociaux sans véritable stratégie. Cela n’a pas très bien marché au début puisque nous nous contentions de relayer les informations déjà diffusées sur le site institutionnel, en utilisant un ton qui l’était tout autant. Nous avons alors décidé de changer la forme en nous adressant directement à l’utilisateur : il fallait que le communicant du musée sur les réseaux sociaux s’adresse directement aux membres de la communauté et que ceux-ci puissent s’adresser à lui directement. En somme, une manière de communiquer moins institutionnelle et plus de proximité. A partir de là, les choses se sont améliorées. En parallèle, nous avons développé des approches différentes. Par exemple, j’ai intégré des objets mystères des collections du musée dans des quizz. Nous interrogions les internautes sur leurs provenances, leurs époques, les matériaux qui les constituaient. Cette interaction nous a permis de fédérer un noyau communautaire solide.              En 2010, Pascale a eu l’idée d’organiser une soirée réservée aux fans Facebook du musée. Nous les avons invités à venir découvrir les collections du musée durant une nocturne. 400 personnes se sont déplacées, soit un chiffre bien au-delà de nos espérances !

P.D.S. : En même temps, comme c’était une première, nous ne savions pas combien de fans nous allions accueillir. Mais sur une communauté de 2000, c’est un beau succès. Chose intéressante : des gens habitant la Province se sont déplacés, d’où un bon retour « opérationnel ».

F.E. : Quelques jours avant l’opération,nous avons bénéficié d’un quart de page dans A NOUS PARIS puisque nous étions, il me semble, le premier musée français à organiser un événement de ce type. Suite à ce relai dans la presse, d’autres fans ont rejoint notre communauté Facebook pour découvrir cette nocturne. Le soir de l’événement, nous avions mis à disposition des fans un rapide questionnaire. En plus de la diversité des publics, un point nous a particulièrement frappés : 33% des personnes déclaraient venir aux Arts Décoratifs pour la première fois !

C.C. : Fabien ne le dira pas, mais les gens venaient pour le voir ! (rires). Il y avait une curiosité naturelle pour rencontrer leur interlocuteur dédié sur la page Facebook du musée.

F.E. : Oui en effet. J’ai discuté avec des gens que j’ai reconnu de par les conversations que nous avions nourries lors des quizz par exemple. Aujourd’hui, les internautes sont habitués à faire l’objet d’invitations de la part des musées. Les standards événementiels s’homogénéisent, ce qui rend plus difficile le succès d’opérations similaires.


A suivre…

*Museomix est un événement annuel qui regroupe des équipes de médiateurs, bricoleurs, designers, développeurs informatiques, graphistes, communiquants et artistes qui se retrouvent au cœur d’un musée pour concevoir et tester un dispositif de médiation numérique muséale.

 

Musée des Arts Décoratifs, entrée principale rue de Rivoli.

Musée des Arts Décoratifs, entrée principale rue de Rivoli.

 

Le musée Nissim de Camondo, façade sur la cour d’honneur

Le musée Nissim de Camondo, façade sur la cour d’honneur. 2012 © Les Arts Décoratifs, Paris / photo : Luc Boegly

Nomades ~ ITINERANT INSTALLATION from epure on Vimeo.

Museomix 2013 aux Arts Décoratifs. Scénario utilisateur pour la mise en place d’un dispositif numérique interactif dans la salle des Retables.

F.B. & Tonio Libero.

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