Graffiti Girl With A Balloon, dessin mural de l'artiste Bansky sur Waterloo Bridge, 2004, Londres

Écrit par

Avant Bansky, Tinguely : l’oeuvre d’art s’autodétruit

Art contemporain, Blog| Vues: 155

Vendredi 5 octobre à Londres chez Sotheby’s, alors que l’oeuvre Girl With A Balloon de l’artiste Bansky vient d’être adjugée pour une somme proche du million de dollars, c’est une salle médusée qui voit en direct le dessin du street-artist lentement glisser du cadre pour s’auto-déchiqueter (la moitié de l’oeuvre seulement). On se prend la tête dans les mains, la stupeur et l’agitation gagnent une salle peu habituée à ce genre de coup d’éclats… Le lendemain de l’événement, l’artiste publie sur son compte Instagram une vidéo dans laquelle il révèle avoir installé une broyeuse à papier à l’intérieur de la toile. Et de déclamer une célèbre phrase de Picasso : « The urge to destroy is also a creative urge » – Tout acte de création est d’abord un acte de destruction »Coup de génie pour certains, qui voient dans l’intention de Bansky une dénonciation ironique de la folie du marché de l’art – on peut leur donner raison puisque l’oeuvre en question s’appelle désormais Love Is In The Bin et vaut 1.4 M$ -, une belle plus-value pour son acheteur !!! Ou, au contraire, faut-il y voir une manipulation sciemment orchestrée par l’artiste, qui, sous couvert de dénonciation d’un marché ultra-libéral, se doutait bien que sa cote allait monter en flèche? Pour ma part, bien qu’admiratif de l’ingéniosité technique du stratagème mis au point, je pense Bansky bien trop intelligemment pour ne pas continuer d’entretenir volontairement sa légende… Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il n’est pas le premier à imaginer la destruction d’une oeuvre en public, il restera en revanche le premier à avoir réalisé l’autodestruction d’une oeuvre au cours d’une vente aux enchères… ↓

 

 

Voir cette publication sur Instagram

 

. « The urge to destroy is also a creative urge » – Picasso

Une publication partagée par Banksy (@banksy) le

L’hommage à New-York de Jean Tinguely

Déjà, en 1960, l’artiste Jean Tinguely réalise une sculpture autodestructrice baptisée Hommage à New-York. L’artiste a conçu une machine incroyable, un enchevêtrement d’objets divers et variés comme des roues de vélo, des moteurs, un piano, une baignoire, des voitures d’enfant, des pièces de moteur, des poulies, des tubes, des minuteries, des morceaux de postes de radio, un kart, des minuteries, une batterie, d’innombrables tubes, et d’autres objets jetables, le tout animé par des dizaines de moteurs. Peinte en blanc, symbole de la virginité, la machine ne vivra qu’une fois, à travers son auto-destruction. Mise en mouvement le 18 mars 1960, dans le jardin des sculptures du MoMA, il faudra l’intervention des services d’incendie pour mettre fin au mécanisme furieux qui avait pris feu !  En direct donc, un suicide explosif ! ↓

No museification

Chers amis, ce qui me frappe toujours dans l’art contemporain, et c’est le cas pour la performance autodestructrice de Jean Tinguely, c’est l’obsession de l’artiste et son engagement total dans son projet, aussi fumeux et chaotique soit-il vu de l’extérieur… Ainsi Tinguely avait-il prévu le lieu du suicide : « Il faut que ça se fasse au Museum of Modern Art, il faut que ça finisse dans les poubelles du museum » (1). À défaut des poubelles, le reste de la machine finira sa course dans un des bassins du musée… Alors, pourquoi ce titre : Hommage à New-York ? Tout simplement parce que l’oeuvre est à l’image de la ville :  chaotique, désordonnée, braillarde et ne pourra jamais faire partie d’un musée puisqu’elle est éphémère… 

Les machines à dessiner

Jean Tinguely (1925-1991) est un sculpteur, peintre et dessinateur suisse. Il eut pour seconde épouse l’artiste Niki de Saint Phalle – personnalité singulière dont nous avions parlé sur le blog – Les machines, comme celle mise au point pour la performance Hommage à New-York, c’est son « truc ». Il aime rien tant que d’expérimenter le bazar, l’enchevêtrement et l’amoncellement d’objets. Avant sa performance new-yorkaise remarquée, l’artiste helvète inventa dans les années 50 des machines à dessiner qu’il nomme Méta-matics. ↓

Jean Tinguely devant une des ses machines à dessiner : Méta-matic n°8. Photographie originale de Leonardo Bezzola -Jean Tinguely 1960 -.

Jean Tinguely devant une des ses machines à dessiner : Méta-matic n°8. Photographie originale de Leonardo Bezzola – Jean Tinguely 1960 -. Source : www.genevieveblons.blogspot.com 

 

Jean Tinguely, Cyclograveur, 1960.

Jean Tinguely, Cyclograveur, 1960. La sculpture comprend de la ferraille soudée, des éléments de vélo, de la tôle, un tambour et une cymbale. © Photo : André Morain, Paris. Source : www.genevieveblons.blogspot.com 

Deux courants artistiques innervent les fameuses machines de Jean Tinguyely : les ready-made de Marcel Duchamp – clin d’œil au maître par l’emploi de roues de bicyclettes :-)) – et l’esprit « Dada », voir Fluxus pour Hommage à New-York et un certain art de la performance ! Au final, chez Jean Tinguely, tout était Dada !

Un musée est consacrée à l’oeuvre de Jean Tinguely : Musée Tinguely

(1) D’après Dore Ashton citée in Tomkins, Jean Tinguely, The Bride and the Bachelors. Five Master of the Avant-garde, Duchamp, Tinguely, Cage.

F.B.

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.


Copyright Art Design Tendance - Réalisation SwMedia