David Bowie, photos pour la couverture de l'album Heroes

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David Bowie et l’art : que sait-on ?

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C’était il y a maintenant plus de 2 ans. La mort du génial David Bowie m’attristait. J’adorais le personnage et sa musique, les rôles de sa vie faisait que je le croyais immortel jusqu’à l’Etoile Noire *… Je trouvais alors la Une de Libération du mardi 12 janvier 2016 magnifique : Bowie allongé tenant dans ses bras un bébé et son titre imparable. ↓

Une de Liberation le 12 janvier 2016 consacrée à David Bowie

Une de Liberation le 12 janvier 2016 consacrée à David Bowie

Je gardais précieusement l’édition me promettant de la lire à tête reposée. 2 années ont passé, je n’ai toujours pas lu le journal, et la tristesse perdure. L’an dernier, je découvris sans surprise, à l’occasion d’un billet rédigé pour un site web spécialisé dans le design, que Bowie possédait une collection fantastique de meubles design. Dès lors, on peut s’interroger sur les influences artistiques qui ont marqué l’art de celui qui se jouait de sa propre identité… C’est pourquoi je vous propose de lire un article sur le sujet, entièrement traduit par mes soins de Maria Schurr, Senior Departmental Technician, à la Thomas J. Watson Library. Précisons qu’il s’agit de la librairie de recherche officielle du Metropolitan Museum of Art (MET). L’article s’intitule : Graphiquement Vôtre : Retracer les influences artistiques de David Bowie à travers la collection de la Thomas J.Watson Library. – Graphically Yours: Tracing David Bowie’s Art Influences through Watson’s Collection -.

« Nous savons tous que David Bowie, décédé il y a deux ans, a laissé une empreinte indélébile sur le monde de la musique. Mais saviez-vous que l’autre grande passion de Bowie était l’art ? Il a exposé ses propres peintures et a même déclaré: « L’art était, sérieusement, la seule chose que j’ai jamais voulu posséder.» Je suis fan de Bowie et j’ai la chance de travailler dans une bibliothèque d’art. C’est pourquoi je me suis fixée comme projet de rechercher ce qui a, dans l’histoire de l’art, influencé la carrière de David Bowie. Un projet intriguant et de longue haleine que j’avais toujours rêvé d’entreprendre – et qui m’a conduit à faire plus de découvertes que prévues initialement.

Excepté deux livres explicitement consacrés à David Bowie – le catalogue de l’exposition David Bowie Is, organisée en 2013 au Victoria and Albert Museum de Londres, et le livre photo de Denis O’Regan, David Bowie’s Serious Moonlight : The World Tour – il existe un certain nombre de livres aux titres explicites dans la librairie du Metropolitan Museum of Art, mais qui pour autant ne m’ont pas éclairé de façon évidente sur le sujet.

Joe le lion / Est allé au bar / Après quelques verres à la maison il a dit / « Demande-toi qui tu es si tu me cloues à ma voiture » 

Il s’agit des premières lignes de « Joe the Lion », une chanson de l’album Heroes de Bowie sorti en 1977. Les paroles sont conçues comme un hommage à l’artiste-performer Chris Burden et à sa pièce de 1974 Trans-Fixed, dans laquelle l’artiste se clouait à une voiture. Dans un autre couplet de la chanson, il est fait référence à la fameuse performance Shoot dans laquelle Burden se faisait tirer dessus à bout portant par un tireur professionnel dans une galerie. (Des informations sur ces pièces, ainsi que sur les autres œuvres de Burden, que ce soient des performances ou d’autres travaux peuvent être trouvées via une recherche par mot-clé dans Watsonline.) ↓

Heroes faisait partie de la célèbre « trilogie berlinoise », une période où il enregistra trois de ses œuvres les plus novatrices – les deux autres étant Low (1977) et Lodger (1979) – alors qu’il vivait dans la ville bohème. Durant cette période, Bowie fréquenta le Brücke Museum et étudia des œuvres de célèbres artistes du mouvement Die Brücke, tels que Ernst Ludwig Kirchner et Erich Heckel. La physicalité contorsionnée de Roquairol (Erich Heckel, 1917) a même inspiré la couverture emblématique et énigmatique de Heroes. ↓

 

Erich Heckel, Roquairol, 1917

Erich Heckel (German, 1883–1970). Roquairol, 1917. Woodcut, block: 12 1/2 x 9 1/2 in. (32 x 24 cm); sheet: 12 1/8 x 9 1/2 in. (30.8 x 24.1 cm). The Metropolitan Museum of Art, New York, Gift of Samuel C. Dretzin, 1965 (65.697.8). © 2018 Artists Rights Society (ARS), New York.

 

Autre peinture d'Erich Heckel intitulée également Roquairol, 1917

Autre peinture d’Erich Heckel intitulée également Roquairol, 1917. Une étrange ressemblance avec la couverture de l’album Heroes de David Bowie et celle de The Idiot d’Iggy Pop…. Crédit Photo www.quora.com

Tout comme la culture de Berlin faisait partie intégrante de trois des plus importants disques de Bowie, la ville de Tokyo a eu une influence tout aussi forte sur Bowie. À travers son travail avec l’artiste de mime Lindsay Kemp, David Bowie a découvert le Théâtre Kabuki – la forme épique du théâtre japonais traditionnel -, un art dans lequel Kemp a puisé beaucoup d’inspiration. Après sa première tournée au Japon en 1973, David Bowie commença à incorporer des éléments du Kabuki dans sa performance scénique, en particulier le hikinuki, une technique permettant de changer rapidement de costume sur scène.

Le maquillage que Bowie a porté pendant la période Ziggy Stardust était aussi directement inspiré par le Kabuki, et le premier onnagata (un acteur masculin jouant le rôle d’une femme) de l’époque, Banda Tamasaburo, lui enseigna des techniques parmi les plus réputées du Kabuki.

La librairie Thomas J. Watson possède une collection étendue de livres relatifs à l’art du Kabuki, représenté dans des publications telles que le Théâtre Kabuki par Earle Ernst. Ce travail particulièrement approfondi couvre le kabuki dans toutes ses subtilités, et le contextualise dans le théâtre occidental à travers des références évidentes.

Bowie n’était pas seulement inspiré par l’art et la culture, il a également écrit à ce sujet. Il fut ainsi un contributeur régulier du magazine Modern Painters, et a siégé au comité de rédaction de 1994 à la mi-2006. À cette époque, il a interviewé Julian Schnabel, qui l’a dirigé dans le film Basquiat en 1996. il a aussi couvert la toute première Biennale de Johannesburg en 1995, et a collaboré sur une toile de Damien Hirst tout en interviewant ce dernier. ↓

 

David Bowie, Damien Hirst & Julian Schnabel

David Bowie, Damien Hirst & Julian Schnabel.

L’intégralité de Modern Painters peut être consultée, à la fois en copie papier et en ligne, ici même à la Librairie Thomas J. Watson.

La collaboration picturale Hirst-Bowie est rentrée dans la collection d’art personnelle du chanteur. L’oeuvre fut vendue par Sotheby’s en 2016 à l’occasion de la vente Bowie/Collector sale, réalisée en 3 parties. L’oeuvre s’est vendue 939 000 $. Chaque partie de la vente aux enchères était divisée par thème, dont une dédiée au travail du designer Ettore Sottsass, qui a récemment fait l’objet d’une rétrospective au Met Breuer. (Je rajoute, hors traduction, que Bowie possédait des pièces exceptionnelles du courant Memphis). 

Bowie était tellement impliqué dans le monde de l’art qu’il a lui-même lancé sa propre société d’édition d’art, 21 Publishing, en 1998. La société fut cofondée avec Karen Wright, éditrice de Modern Painters, Bernard Jacobson, galeriste, et le patron des Arts Sir Timothy Sainsbury. 21 Publishing visait à aborder le monde de l’art sans prétention. Lorsque l’on sait que l’un des titres publiés par la maison d’édition ainsi créée fut un livre de parodie sur un artiste de fiction (Nat Tate: un artiste américain, 1928-1960), je dirais que l’initiative fut couronnée de succès ! Parmi les 21 autres titres publiés, mentionnons : « It Hurts : New York Art from Warhol to Now » (« Ça fait mal : L’Art new-yorkais de Warhol à maintenant », et qui fait partie des classiques de la librairie.

C’est dans le film Basquiat de 1996 que David Bowie endosse son rôle le plus lié à l’art. Il joue le rôle d’Andy Warhol donnant la réplique à l’acteur Jeffrey Wright qui incarne le peintre maudit. C’est loin d’être la seule association de Bowie avec Warhol. Ainsi, la chanson « Andy Warhol » est apparue sur le classique de Bowie sorti en 1971, Hunky Dory.

Comme vous pouvez probablement vous en douter, La Librairie Watson possède une grande sélection de livres sur Warhol et Basquiat, y compris quelques-uns centrés sur des collaborations entre les 2 artistes.

Tony Oursler est peut-être l’artiste avec lequel Bowie a partagé la plus forte relation de collaboration. Bowie est venu voir l’exposition consacrée à l’oeuvre Switch de l’artiste multimédia en 1996. L’année suivante, Oursler a fourni des visuels pour la fête du 50e anniversaire de Bowie, qui eut lieu au Madison Square Garden, et a ensuite designé la tournée Earthling de Bowie. Bowie apparut encore une fois dans une exposition de Tony Oursler en 2012, intitulée Face to Face. Oursler a de nouveau travaillé pour Bowie en 2013, réalisant la vidéo de la chanson  « Where Are We Now« , avec à son affiche la femme de Tony Oursler, Jacqueline Humphries, elle-même peintre.

Un autre collaborateur fréquent de Bowie était le designer graphiste Jonathan Barnbrook, qui a conçu les pochettes de quatre disques de Bowie, ainsi qu’un album de compilation, démarrant en 2002 par Heathen et se terminant en 2016 avec Blackstar. Sur chacune des pochettes, Barnbrook a créé une police typographique spécifique. Toutes les polices de caractères créées par Barnbrook peuvent être consultées dans le livre : La Bible Barnbrook : Le design graphique de Jonathan Barnbrook – The Barnbrook Bible : The Graphic Design of Jonathan Barnbrook -, qui comporte quelques citations de Bowie lui-même. ↓

 

Couverture de l'album Heathen, 2002

Couverture de l’album Heathen, 2002

 

David Bowie, couverture de l'album Reality, 2003

David Bowie, couverture de l’album Reality, 2003

Peu de temps après le décès de Bowie, Barnbrook a autorisé le téléchargement et l’utilisation du travail graphique de Blackstar à des fins non commerciales. Barnbrook a remporté le prix du design Beazley en 2016 pour son travail sur les graphismes de l’album.

Enfin, cet article serait incomplet si on oubliait l’influence qu’eue David Bowie sur le monde de la mode. Son travail avec des créateurs de costumes tel que Alexander McQueen l’élevère au rang d’icône ; dans certains cas, les tenues créées étaient dignes de figurer dans un musée. Une veste que McQueen conçut pour la couverture de l’album Earthling de 1997 fit l’ouverture de l’exposition AngloMania, une exposition du Met de 2006. Le catalogue de l’exposition, ainsi que les catalogues de nombreuses autres expositions remarquables du Musée, peuvent être trouvés dans la collection de la Librairie Thomas J.Watson. » ↓

David Bowie, Couverture de l'album Earthling, 1997

David Bowie, Couverture de l’album Earthling, 1997

*En référence au nom du dernier album studio de David Bowie, Black Star, sorti le 8 janvier 2016, soit 2 jours avant sa mort.

F.B.

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