Pochette de l'album Dangerous, 1991.

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Michael Jackson dans l’art contemporain

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Cette année marquera le 10e anniversaire de la mort de Michael Jackson. Oui 10 ans déjà que le « roi de la pop » est parti, abandonnant la couronne d’artiste musical le plus populaire de tous les temps, rien que ça ! Si le phénomène Jackson fut un monstre musical, démarrant une carrière à l’ancienne, période Motown avec ses frères sous le nom des Jackson Five, jusqu’à inventer un style musical nouveau combinant soul, funk, pop, hip-hop et RnB moderne, le personnage était tellement excentrique qu’il inventât à lui seul son propre monde, la planète Jackson.

Dès le début des années 80, Andy Warhol comprit l’intensité du phénomène qui allait exploser et en fit une star du Pop art. La déferlante des années 80 et 90 allait amplifier le phénomène et nourrir une imagerie populaire savamment entretenue. Son physique, sa gestuelle, sa manière de s’habiller et de se mouvoir sur scène en ont fait une icône spectaculaire. Pourtant, derrière l’artiste, on en savait peu sur l’homme. Dans l’excellent article (rubrique Discographisme) du magazine Rock&Folk de janvier 2019, Patrick Boudet étudie en détail l’OVNI artistique que fût la pochette de l’album Dangerous (8ème album de l’artiste, sortie 26/11/1991) et qui révélait en filigrane les blessures de l’homme. Pas de doute, ce Dangerous c’était pour Michael Jackson l’équivalent du Sgt. Pepper pour les Beatles. Et de conclure que cet album, porté par une pochette mystique, dépassait le simple cadre musical pour tendre vers un art total. ↓

 

Portrait de Michael Jackson peint par Andy Warhol en 1984.

Portrait de Michael Jackson peint par Andy Warhol en 1984. 

 

Pochette de l'album Dangerous, 1991.

Pochette de l’album Dangerous, 1991.

Devant un tel phénomène, on ne s’étonnera pas de la tentation qu’exerçait le personnage sur les artistes plasticiens. Nombreux ont dû vouloir, via leur art, saisir une partie du mystère. À l’heure où l’exposition Michael Jackson – On the Wall se termine, j’ai voulu découvrir la manière dont les artistes contemporains ont précisément traité l’équation Jackson…

Michael Jackson, artiste hors du temps

Comment représenter un artiste qui semble « hors du temps » ? Je pose la question car dans la vidéo censée assurer le teasing de l’album HIStory: Past, Present and Future – Book I, le 9e effort musical en studio de l’artiste sorti en 1995, on l’y voit à la tête d’une armée des temps nouveaux, lui-même adulé et perçu comme le sauveur du monde. En outre, le clip regorge de références à l’histoire moderne (défilé stalinien, effets spéciaux hollywoodiens, etc.). Passé, présent et futur, Michael Jackson veut tout incarner à la fois, le titre de l’album étant on ne peut plus explicite… La tenue vestimentaire de l’artiste, inclassable, joue aussi sur le registre d’un leader d’un nouveau genre. Bref, de quoi brouiller allègrement les pistes sur la véritable identité de l’artiste, en faisant une icône intemporelle…↓

L’artiste américaine Lorraine O’Grady propose sa propre interprétation  » chronologique » du mythe Jackson. Pour elle, Michael Jackson incarne « le premier des postmodernistes ». C’est pourquoi elle met en scène à l’aide de photographies 2 artistes pris en photos aux différents âges de leur vie, et qui incarnent à ses yeux une rupture dans l’histoire de leurs arts respectifs. Michael Jackson bien sûr, mais aussi le poète maudit Charles Baudelaire (1821-1867). Pour Lorraine O’Grady : « Ce qui est le plus frappant chez Charles (Charles Baudelaire 1821-1867) et Michael en tant qu’artistes, c’est la similitude de leurs attitudes… Elle se trouve là, dans le perfectionnisme implacable qui limitait le nombre de leur production, dans la domination fanatique qu’ils exercèrent dans leur art et son histoire, dans la vénération de leur métier… Charles fut à la fois le premier des modernistes et le dernier des romantiques. Et Michael a peut-être été le dernier des modernistes, mais il a également été le premier des postmodernistes. » ↓

Vue de l'exposition Michael Jackson: On The Wall, à la National Portrait Gallery de Londres (2018).

Vue de l’exposition Michael Jackson: On The Wall, à la National Portrait Gallery de Londres (2018). Installation : The First and the Last of the Modernists (2010). Lorraine O’Grady procède par paires de photographies pour associer M.J. et C.B. à différents âges de leur vie. 

 

Lorraine O'Grady, série de photographie réunissant par paires des photographies de Michael Jackson et de Charles Beaudelaire, détails.

Lorraine O’Grady, dyptique 1, Red Charles and Michael. 2010. Détail de la série réunissant des photographies de Michael Jackson et de Charles Baudelaire. 

Avec la représentation mégalomaniaque que constitue la vidéo trailer dHIStory: Past, Present and Future – Book I, Michael Jackson ne pouvait nier qu’il entretenait volontiers un culte de la personnalité. C’est pourquoi ces contemporains ont vu en lui un symbole de royauté dominante…

À la cour de Michael Jackson

Le portrait le plus amusant de Michael Jackson est peut-être celui réalisé par le peintre californien Kehinde Wiley. Ironie du sort, c’est le King of Pop en personne qui a commandé ce tableau à l’artiste, peu avant sa mort. Réalisé en 2009, Michael Jackson ne le verra jamais. Sur cette toile, Kehinde Wiley qui aime revisiter des grands classiques de l’histoire de l’art avec des personnages afro-américains, représente l’artiste à cheval, cheveux au vent, d’après un tableau de Pierre Paul Rubens représentant le roi d’Espagne, et intitulé Portrait équestre de Philippe II. On y trouve un Michael Jackson dominant, au regard fier et orgueilleux. Le style monarchique sied bien à l’artiste ! ↓

Portrait équestre du roi Philippe II, peinture de Pierre Paul Rubens (1577-1640). Tableau peint en l’honneur du roi d’Espagne.

 

Portrait équestre du roi Philippe II (Michael Jackson), huile sur toile de Kehinde Wiley, 2009. Réalisée à la demande de Michael Jackson en 2008. le « roi de la pop » n’a jamais pu voir le résultat avant son décès, survenu le 25 juin.

 

Portrait équestre du roi Philippe II (Michael Jackson) , détail, Kehinde Wiley (2009).

Portrait équestre du roi Philippe II (Michael Jackson), détail, Kehinde Wiley (2009).

Michael Jackson, une icône biblique

J’aurais pu choisir de vous montrer d’autres travaux plastiques, et notamment des photographies représentant Michael Jackson. À mon sens, celui qui a été le plus loin dans la mise en scène d’un personnage symbolisant la figure du héros messianique, comparable à la figure du Christ, c’est le photographe et réalisateur américain David LaChapelle. Dans un tryptique, LaChapelle représente tour à tour Michael Jackson comme l’archange « Michael » terrassant Satan sans armes, puis comme un martyr que Jésus recueille et emmène vers un ailleurs, enfin comme un personnage du 3ème genre que l’on imagine parmi les saints du Paradis. Le talent de LaChapelle, au-delà du simple aspect esthétique (que l’on aime ou pas), est d’utiliser des références bibliques nombreuses pour construire un mythe encore vivant. Encore une fois, on peut déceler une lecture chronologique dans la représentation que font les artistes de Michael Jackson : un avant/la mort/et l’au-delà… ↓

David LaChapelle, Archangel Michael : And No Message Could have Been Any Clearer, Hawaii , 2009.

David LaChapelle, Archangel Michael : And No Message Could have Been Any Clearer, Hawaii , 2009.

 

Archangel Michael : And No Message Could have Been Any Clearer, Hawaii, détail 2009

Archangel Michael : And No Message Could have Been Any Clearer, Hawaii, détail, 2009. Source : http://mjbackstage.be/mjbv2/ 

 

David LaChapelle, American Jesus : Hold Me, Carry Me Boldly, 2009

David LaChapelle, American Jesus : Hold Me, Carry Me Boldly, détail, 2009.

 

David LaChapelle, photographie The Beatification : I’ll never let you part for you’re always in my heart. 2010

David LaChapelle, photographie The Beatification : I’ll never let you part for you’re always in my heart. 2009. Source : http://mjbackstage.be/mjbv2/

 

The Beatification : I’ll never let you part for you’re always in my heart. Détail. 2010

The Beatification : I’ll never let you part for you’re always in my heart. Détail. 2009. Source : http://mjbackstage.be/mjbv2/

À suivre…

F.B.

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