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Felix González-Torres

Art contemporain, Blog| Vues: 707

Felix González-Torres

Felix Gonzalez-Torres, Untitled, 1991. © 2010 The Felix Gonzalez-Torres Foundation, Courtesy Andrea Rosen Gallery, New York.

 

Untitled (Lover Boy) (1991), Felix Gonzales-Torres.

Untitled (Lover Boy), 1991. Felix Gonzalez-Torres.

 

Felix Gonzalez-Torres "Untitled

Felix Gonzalez-Torres, Untitled, 1990 Offset print on paper, endless copies 17 x 23 x 87 inches (43.2 x 58.4 x 221 cm)

 

« González-Torres était connu pour ses installations et ses sculptures silencieuses et minimales. Utilisant des matériaux tels que des chaînes d’ampoules, des horloges, des piles de papier ou des bonbons durs emballés, son travail est parfois considéré comme le reflet de son expérience avec le sida. En 1987, il rejoint Group Material, un groupe d’artistes basé à New York dont l’intention était de travailler en collaboration, en adhérant aux principes de l’activisme culturel et de l’éducation communautaire. Avec les autres membres du groupe – Doug Ashford, Julie Ault, Karen Ramspacher et Tim Rollins – González-Torres a été invité par la MATRIX Gallery au Berkeley Art Museum et Pacific Film Archive en 1989 pour traiter du sujet du SIDA. 

Toutes les œuvres de González-Torres, à quelques exceptions près, sont intitulées « Sans titre » entre guillemets, parfois suivies d’un titre entre parenthèses. (Il s’agissait d’un schéma de titrage intentionnel de l’artiste.) Sur les 19 bonbons de González-Torres, seuls 6, par leurs titres entre parenthèses et leurs poids idéaux, peuvent être facilement interprétés comme des portraits. Sur ces 6 portraits, il existe 2 doubles portraits de l’artiste et de son amant, Ross Laycock ; 2 sont des portraits de Ross seul ; l’un est un portrait du père décédé de Félix ; et « Sans titre » (Portrait de Marcel Brient) (1992) est un portrait de l’ami proche de l’artiste, le collectionneur français Marcel Brient. 

Une lecture omniprésente de l’œuvre de González-Torres emprunte aux  processus que ses œuvres subissent (ampoules expirant, tas de bonbons se dispersant, etc.) comme métaphore du processus de la mort. Cependant, beaucoup ont vu les œuvres représentant également la continuation de la vie avec la possibilité de régénération (remplacement des ampoules, reconstitution des piles ou des bonbons). D’autres interprétations abordent la question du public contre le privé, l’identité, et la participation à l’art contemporain. ». (Traduction de votre serviteur).

→ Pour retrouver le billet original du 30 Octobre 2013, cliquez sur le lien ilikethisart.

Si vous êtes surpris par le contexte du billet et son choix : je choisis, régulièrement, des billet issus du blog : ilikethisart.net tenu par Jordan Tate (avec son autorisation), universitaire américain et artiste. Je n’ai jamais trouvé d’équivalent à ce blog qui explore des univers visuels que nous n’avons pas l’habitude de voir en Europe ou trop peu (à mon goût).

Pourquoi avoir choisi de parler de cet artiste ? Plusieurs raisons : l’originalité des procédés artistiques, un langage plastique engagé et politique, et un spectateur acteur de l’oeuvre..

Des œuvres à portée autobiographique et politique

Gonzalez-Torres (1957 – 1996) est un nom qui revient régulièrement quand on lit sur l’art contemporain. C’était donc l’occasion de m’intéresser à l’artiste et à une production très courte (de 1986 à 1995), puisque Gonzalez-Torres est mort du sida en 1996.                                                                                                               Je trouve que les œuvres de l’artiste d’origine cubaine sont très intéressantes, car elles sont rarement gratuites. Elles ont toutes une signification particulière. Ainsi, les installations éphémères « Untitled » dans lesquelles l’artiste dispose un tapis de bonbons enveloppés dans du cellophane (Placebo), font référence à la disparition progressive du compagnon de l’artiste, en train de mourir du sida. Les bonbons représentent le corps de l’être aimé et chaque spectateur à la liberté d’emporter un bonbon, matérialisant physiquement un évanouissement progressif. Ce faisant, le spectateur est invité à s’approprier l’oeuvre. On peut aussi voir dans ce geste d’éparpillement une métaphore de la propagation du virus du sida dans la communauté homosexuelle. Un geste à la fois pesant (signifier la disparition de quelqu’un) et léger (manger une friandise) : ambivalent et cruel, non ? Pour l’artiste, la notion « d’original » dans son travail n’existe pas, de sorte que la valeur de son travail se fonde sur la reproductibilité technique de son oeuvre. Dans ce cas, l’oeuvre peut-être reproduite à l’identique pour peu que l’on respecte le poids final constitué par les bonbons dispersés au sol. 

Des œuvres engagées avec un message politique très fort donc… En 1991, Gonzalez-Torres conçoit ainsi une installation composée de quelque 315 kg de bonbons à la réglisse en forme de projectiles. Le propos est clair : la remise en cause de la légitimité de l’opinion publique des États-Unis dans sa prise de position lors de la première guerre du Golfe. C’est aussi la critique assez claire de la prolifération des armes à feu et le business qui en est fait.

Une esthétique singulière

Pour autant qu’elles investissent le champ du politique, les œuvres de Gonzalez-Torres ont aussi des qualités esthétiques évidentes. Regardez ainsi les installations de bonbons au sol (après sa mort, celle reconstituée à la Serpentine Gallery en 2000 est magnifique). J’aime aussi beaucoup les œuvres de la série des « piles », des piles de posters comme »Untitled » (Aparición) avec son ciel nuageux, proche d’une sculpture. Là encore le discours engagé n’est jamais loin, comme dans « Untitled » (Death by gun) qui reproduit sur une feuille la photo, le nom et un bref récapitulatif des circonstances de quelques 464 personnes ayant trouvé la mort par arme à feu sur le seul territoire des États-Unis pendant 1 semaine. Là encore le public est libre de posséder l’oeuvre en prenant 1 feuille de la pile ; l’exposant peut lui réapprovisionner les impressions ou non, pour que la sculpture reste dans ses dimensions « idéales », établies par Gonzalez-Torres dans le certificat d’authenticité.

Autre procédé dont je trouve l’idée esthétiquement séduisante : la série des « puzzles » réalisée entre 1987 et 1992. Il s’agit en fait de photographies montées sur puzzles et exposées dans leur emballage plastique. Cette technique fait de l’image un véritable objet intime, à protéger. Dans ces puzzles, Gonzalez-Torres utilise des photographies de famille, souvent des souvenirs de son enfance à Cuba avant la révolution. Cette impression sur puzzle confère au moment photographique une fragilité certaine, un acte de résistance pour protéger de l’oubli des moments précieux. Mais j’y vois aussi, de par l’emploi du puzzle, un passé douloureux, car matériellement « fracturé ».

Irruption de la sphère privée dans la sphère publique

Les procédés artistiques de Félix Gonzalez-Torres sont souvent disruptifs : la preuve avec sa série de 24 panneaux publicitaires loués dans  New-York et dans lesquels il affiche une photo en noir et blanc qui présente dans un lit vide l’empreinte de 2 têtes sur les oreillers. Ou comment faire entrer dans la sphère publique un moment très intime de vie privée… Du coup, le carambolage entre le domaine du publicitaire et la sphère privée crée une drôle de tension dans le paysage urbain…

Pour qui creuse un peu l’art de Gonzalez-Torres, on se rend compte que l’artiste eut à cœur, en rendant ses œuvres reproductibles, car souvent caractérisées par une économie de moyens, de produire des objets sans prétention, proches du public, qui pouvait même repartir avec un « morceau » de l’oeuvre. Une volonté de l’artiste très inspiré par l’ouvrage du philosophe, historien de l’art, critique littéraire, et critique d’art allemand Walter Benjamin qui dans son ouvrage : l’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique voyait dans cette dernière un moyen de « rapprocher l’œuvre du récepteur ». Gonzalez-Torres est souvent rattaché aux artistes du courant minimaliste comme Robert Morris ou Carl André. Quant à ce fameux Walter Benjamin, c’est l’auteur dont j’entends le plus parler dans la critique d’art, et que bon nombre d’artistes citent… Une piste à creuser :-))

→ Il est à noter que la Galerie Andrea Rosen (New-York), dédie la majeure partie de son temps et de son énergie à représenter l’oeuvre de Felix Gonzalez-Torres, qu’elle a accompagné depuis ses débuts. C’est aussi grâce à cette galerie que j’ai découvert les artistes Ryan Trecartin & Lizzie Fitch dont je vous ai abondamment parlé sur ce blog.

Felix Gonzalez-Torres, Untitled (Aparición), 1991

Felix Gonzalez-Torres, Untitled (Aparición), 1991. Impressions sur papier, quantités illimitées. Hauteur idéale 20,3 cm, 72 x109 cm (format du papier). Source photo : http://www.dreamideamachine.com/ ©Felix Gonzalez-Torres Foundation. Avec l’aimable autorisation/Courtesy of Andrea Rosen Gallery, New York

 

« Untitled » (Death by Gun), 1990.

Felix Gonzalez-Torres, « Untitled » (Death by Gun), 1990. Impression sur papier, copies inépuisables, hauteur idéale 22,86 x 83,82 x 114,3 cm (format du papier d’origine). Vue de l’installation : Felix Gonzalez-Torres : Specific Objects without Specific Form. MMK Museum für Moderne Kunst, Frankfurt, Germany. 28 Janvier – 14 Mars 2011. Conservateur Elena Filipovic ; 18 Mars – 25 Avril. 2011. Conservateur Tino Sehgal. Source photo : https://www.reseau-canope.fr/ © Felix Gonzalez-Torres Foundation. Courtesy of The Felix Gonzalez-Torres Foundation. Photo Axel Schneider

 

Felix Gonzalez-Torres, « Untitled » (Death by Gun), 1990

Felix Gonzalez-Torres, « Untitled » (Death by Gun), 1990. Les noms, l’âge et les visages de 460 personnes tuées (au cours d’à peine 1 semaine) sont inscrits. Ici, détail d’une page.

 

Felix Gonzalez-Torres, Placebo, Vue de l'Installation à l'occasion de l'exposition Felix Gonzalez-Torres, à la Serpentine Gallery

Felix Gonzalez-Torres, « Untitled » (Placebo), Vue de l’Installation à l’occasion de l’exposition Felix Gonzalez-Torres, à la Serpentine Gallery, Londres (1er Juin – 16 Juillet 2000).© 2000 Felix Gonzalez Torres. Source photo : http://www.dreamideamachine.com/. Bonbons enveloppés individuellement dans du cellophane. Plusieurs versions de l’oeuvre existent avec des couleurs de papiers différentes comme celle ci-dessous. Ici, je parierais pour un papier argenté.

 

Felix Gonzalez-Torres, Placebo. Vue de l'Installation à l'occasion de l'exposition « CE PASSANT CONSIDÉRABLE » à la Galerie Kreo (9 octobre au 23 novembre, Paris)

Felix Gonzalez-Torres, « Untitled » (Placebo) . Vue de l’Installation à l’occasion de l’exposition « CE PASSANT CONSIDÉRABLE » à la Galerie Kreo (9 octobre au 23 novembre 2013, Paris). Source photo : https://www.galeriekreo.com/fr. Les bonbons sont en papier cellophane bleuté.

 

Gonzalez-Torres, "Untitled" (Warm Water), 1988

Gonzalez-Torres, « Untitled » (Warm Water), 1988

 

Felix Gonzales-Torres, "Untitled" (Ross & Harry), 1991

Felix Gonzales-Torres, « Untitled » (Ross & Harry), 1991. © The Felix Gonzalez-Torres Foundation

 

Felix Gonzales-Tores, « Untitled », 1991. Panneau d’affichage, dimensions variables selon les installations. Vue de l'installation 31-33 Second Ave, East	Second Street, Manhattan). «	Project 34 : Felix Gonzalez-Torres », MoMA,	New	York,1992.

Felix Gonzales-Tores, « Untitled », 1991. Panneau d’affichage, dimensions variables selon les installations. Vue de l’installation 31-33 Second Ave, East Second Street, Manhattan). « Project 34 : Felix Gonzalez-Torres », MoMA, New York,1992. The Museum of Modern Art, February 19 -May 14, 2012. Source : https://artsplastiques.univ-lille3.fr/

Felix Gonzales-Tores, « Untitled », 1991. Panneau d’affichage, dimensions variables selon les installations. Vue de l’installation 11th Avenue et 38 th Avenue, Manhattan (February 20 6 – March 18, 2012). The Museum of Modern Art, February 19 -May 14, 2012. Source : https://artsplastiques.univ-lille3.fr/

 

Felix	Gonzalez-Torres, Untitled (Golden), 1995

Felix Gonzalez-Torres, « Untitled » (Golden), 1995

 

Félix	Gonzalez-Torres, "Untitled" (Placebo), 1991. Bonbons emballés dans du papier cellophane argenté

Félix Gonzalez-Torres, « Untitled » (Placebo), 1991. Bonbons emballés dans du papier cellophane argenté. Dimensions variables. Vue d’installation, Williams College Museum of Art, Williamston. Source : https://artsplastiques.univ-lille3.fr/

 

Félix Gonzalez-Torres, "Untitled" (Placebo), 1991

Félix Gonzalez-Torres, « Untitled » (Placebo), 1991. Bonbons emballés dans du papier cellophane argenté, détail. Source : https://artsplastiques.univ-lille3.fr/

F.B.

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